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"CNRS CONTRE SERGE THION"

CRÉÉ LE 19 OCTOBRE 2000

DERNIÈRE MISE À JOUR: 11 07 01




version 2 du 23 novembre 2000

Les cabales qui n'en finissent pas

par Serge Thion

 

Mon intention, dans les lignes qui suivent, est de retracer sommairement ce que j'ai perçu de l'action de différentes cabales qui sont entrées en action pour tâcher de ruiner mon existence, depuis vingt ans, parce que je suis l'auteur de plusieurs textes révisionnistes.

Le sens que je donne, dans ce contexte précis, au mot "cabale" est le suivant:

Jusqu'ici, on me reconnaîtra que je ne me suis pas plaint. D'ailleurs je ne me plains toujours pas, mais je crois utile d'expliquer à mes collègues chercheurs au CNRS, aux futurs chercheurs, et à tous ceux que la liberté intéresse d'une façon ou d'une autre, comment se passent les choses dans ce pays, la France, qui se réclame, absurdement, de la démocratie et des droits de l'homme.

Fleurets mouchetés

Le point de départ, curieusement, ne se situe pas exactement dans le premier livre que j'ai écrit au sujet du révisionnisme et qui est paru au printemps 1980, Vérité historique ou vérité politique? (La Vieille Taupe).

Les premières marques d'hostilité sournoises, dans le milieu des chercheurs, se sont fait jour à l'occasion du procès Faurisson, qui eut lieu l'année suivante, au printemps 1981. Dans la mesure où les griefs que lui faisaient plusieurs associations portaient sur des écrits de lui qui étaient contenus dans mon livre et dans la mesure aussi où j'avais tâché de montrer que les questions révisionnistes avaient une incontestable légitimité dans le domaine du savoir historique, il me semblait naturel de défendre ces écrits là où on les attaquait, c'est-à-dire devant le tribunal. Je me suis donc porté "intervenant volontaire" en demandant le privilège d'aller m'asseoir sur le banc d'infamie pour défendre mes écrits. La cour ayant joint cette demande au fond, c'est-à-dire s'étant réservée de se prononcer sur la validité de ma demande (nous étions plusieurs) au moment du verdict, où elle rejeta notre demande d'intervention volontaire, je fus amené à témoigner, ainsi qu'un collègue du CNRS nommé Claude Karnoouh. Pour la partie adverse, deux autres universitaires déposèrent comme témoins, les historiens Jacques Le Goff et Madeleine Rebérioux. Un témoin est requis de se présenter et la formule juridique évoque le recours "à la force publique" pour amener le témoin devant la barre, s'il ne vient pas de lui-même. C'est un devoir. De même, il faut répondre à des questions sur son état-civil et sa profession. C'est donc dans ce seul cadre, et poussé par cette obligation, que j'ai décliné ma profession: "chercheur au CNRS". Mes collègues du CNRS et de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ont fait de même. Je n'ai pas coutume de faire usage de ce qui peut apparaître parfois comme une sorte de "titre", et même dans des contextes purement professionnels, je ne le fais que là où tout le monde le fait, quand on me le demande.

La mention de nos témoignages étant parue dans la presse, nos collègues en furent évidement informés.

Dans le laboratoire où je me trouvais alors, à Nanterre, il y eut un mouvement qui aboutit à un texte, signé de plusieurs collègues. Daté du 5 octobre 1981, ce texte fut signé par une quinzaine de collègues. Il disait ceci:

"Vous avez pris au sujet de l'affaire Faurisson des positions qui nous contraignent à marquer clairement notre désaccord avec vous. [Karnoouh et Thion] Tant qu'il n'y avait qu'un livre et que Serge THION ne se prévalait pas de sa position au CNRS, nous avons respecté sa liberté d'expression. Mais quand Claude KARNOOUH témoigne publiquement en excipant de sa compétence scientifique, l'un s'ajoutant à l'autre, notre groupe se trouve automatiquement mis en cause.

Pour diverses raisons qu'il serait trop long de développer dans cette lettre, nous considérons que votre démarche ne peut être regardée comme scientifique. Deux exemples seulement: le problème des témoignages concernant l'existence des chambres à gaz, et l'assimilation que vous opérez entre des problèmes distincts: l'existence des chambres à gaz et le problème du Sionisme. Il nous serait facile de multiplier les exemples montrant que vous avez trop souvent mêlé positions personnelles et analyse scientifique.

Nous vous conservons notre confiance scientifique, et notamment Henri MENDRAS, votre Directeur de Recherches. Nous respections vos convictions, mais nous ne pouvons cautionner vos démarches et nous nous en désolidarisons totalement.

A l'avenir, dans les occasions qui vont certainement se présenter, nous vous demandons d'être très scrupuleux, et de dire explicitement que vous parlez en votre âme et conscience, à titre personnel, et que vous n'engagez ni votre compétence scientifique, ni l'institution de recherche à laquelle vous appartenez."

Ce texte peut aujourd'hui, comme alors, prêter un peu à sourire. Il nous demandait de faire ce que nous faisions exactement: parler à titre personnel. Nous n'avions évoqué notre profession que sur la demande du président du tribunal. Peut-être les compte rendus de presse avait insisté plus qu'il n'aurait fallu sur ce détail. Mais enfin, nos collègues nous conservaient leur "confiance scientifique", chose que je serais bien en peine de définir, aujourd'hui, après plusieurs décennies de travail de recherche... Il n'y avait pas de quoi entrer dans une polémique ni même dans une vraie discussion (le problème sempiternel des témoignages, etc.) Nous aurions pu insister sur le fait que témoigner à la barre est un devoir civique, que, dans cettte occasion, ils ne blâmaient point ceux qui avaient témoigné contre, et qui avaient également excipé de leurs titres universitaires, à la demande de la cour. Nous répondîmes, un peu malicieusement, le 20 novembre 1981, par les trois lignes suivantes:

"Nous avons bien reçu votre lettre du 5 octobre, fort intéressante tant du point de vue épistémologique que du point de vue déontologique, et nous comptons lui donner les suites qu'elle mérite."

Quelques pétitions circulèrent de ci de là, et puis le calme revint. Les procès se poursuivaient sans discontinuer devant la XVIIe chambre, entraînant publications, interventions, etc. Je continuais à suivre les événements, mais j'avais de mon côté beaucoup de travail. Cet été 1981, j'avais pu me rendre au Cambodge et mesurer l'étendue des dévastations humaines et des ravages apportés par la période des Khmers rouges. Les travaux et les discussions, parfois très vives, avec mes collègues, principalement anglo-saxons, sur la façon d'analyser et de comprendre le phénomène khmer rouge battaient leur plein.

J'avais eu quelques échanges de correspondance avec ce qui chapeaute les chercheurs en sciences humaine du CNRS (qui sont plus d'un millier), la Direction Scientifique du CNRS, à cause de la difficulté administrative qui consistait à accepter qu'un chercheur français se rende dans un pays que la France, contrairement à sa propre doctrine, avait cessé de reconnaître. Je reçus donc une lettre, le 6 juillet 1981, du Directeur Scientifique Adjoint, M. Jacques Lautman, professeur à l'Université René Descartes, comportant ce premier paragraphe, assez kafkaïen, si l'on songe que je suis spécialiste du Cambodge:

"J'ai l'honneur de vous faire savoir qu'il est impossible de satisfaire votre demande de mission exceptionnellle quelque grand que soit l'intérêt de votre séjour projeté au Cambodge."

Ce cher Lautman n'y était pour rien. Mais il y avait un deuxième paragraphe:

"D'autre part, et sans aucun rapport, je me permets de vous dire, puisque vous vous adressez à moi, que, j'ai été très choqué par votre livre consacré à l'affaire Faurisson. Vous y faites montre d'une fausseté de jugement que j'espère limitée à ce seul objet."

J'ai été très sensible à cette franche courtoisie. Si tous mes collègues devaient se comporter ainsi, alors nous pourrions survivre dans un monde où on allait pouvoir confronter les idées et imposer l'usage de la raison.

Je répondis le 9 juillet:

"Je vous remercie de votre lettre du 6. Nous vivons une époque fort intéressante, qui n'est pas dépourvue de paradoxes. Ainsi ce voyage d'étude (conférence+recherches) que je vais faire au Cambodge n'est rendu possible que par les invitations officieuses et conjointes des autorités américaines et viêtnamiennes. Mais en l'absence de relations officielles entre la France et le Cambodge, je ne puis m'y rendre avec l'appui de l'institution officielle dont je dépends. Néanmoins, les autorités officielles qui nous gouvernenent me demandent officieusement de faire, à mon retour, un rapport officieux qui pourrait contribuer à introduire des changements dans la position officielle et rendre ainsi possible ce que l'on ne peut m'octroyer aujourd'hui. Je suis sûr que vous goûterez avec moi tout le sel de ces affaires étranges que sont parfois les affaires étrangères.

Vous me dites aussi que vous avez été très choqué par mon livre sur l'affaire Faurisson. Vous m'en voyez désolé car je crois avoir pris un grand soin pour ne choquer personne. Vous me dites aussi que j'y fais montre d'une fausseté de jugement que vous espérez limitée à ce seul sujet. Vous allez pouvoir en juger fort bientôt puisque je vais vous faire envoyer un livre sur le communisme au Cambodge qui sortira en librairie en septembre. Je vois si souvent autour de moi des textes, livres et articles qui me paraissent, à moi, empreints d'une remarquable fausseté de jugement, que je ne m'étonnerais pas que l'on m'applique en retour un tel jugement. Je ne m'étendrai pas ici sur la question, longuement débattue déjà chez Platon, de ce qui fait que l'on peut distinguer la fausseté ou la vérité d'un jugement. Mais si cela n'est pas trop vous demander, il m'intéresserait de savoir ce qu'à titre personnel vous avez estimé être faux dans mon jugement en cette affaire, sur laquelle, vous l'aurez remarqué, je ne tire pas, personnellement, beaucoup de conclusions, sinon, qu'il convient d'y réfléchir."

Je reçus ensuitre cette lettre du 17 août 1981 (J'étais au Cambodge à ce moment-là):

Cher collègue,

1- Il est sain et roboratif de douter méthodiquement des vérités officielles.

2- Il est certain que le remords créé par l'holocauste juif a servi (et servira) des causes douteuses, autorisant certains à se faire des virginités à bon compte.

3- Combien exactement de Juifs sont morts dans les cambres à gaz, combien d'inanition, de typhus, de dysenterie, de coups sadiques, peut être nul ne le saura jamais exactement mais:

4- Il n'y a aucun doute: les chambres à gaz à Treblinka, à Maidanek, à Auschwitz, à Dachau ont existé. Il n'y en avait pas dans tous les camps: il n'y en avait pas à Buchenwald, qui n'était pas fait pour accueillir les Juifs.

5- Faurisson dans sa jeunesse était un antisémite connu comme tel et son raisonnement reste antisémite!... de façon si subtile que, quant à moi, je ne crois pas un instant qu'il soit fou. Et je ne suis pas absolument sûr qu'il ne soit pas dangereux.

Avec mes sentiments les meilleurs.

Ensuite, mes archives sont muettes. La correspondance ne s'est pas poursuivie. Pourquoi d'ailleurs l'aurait-elle dû? J'avais écrit un livre, il ne convainquait pas tout le monde. Je m'y attendais... Le dernier paragraphe portait distinctement la marque de Vidal-Naquet qui se répandait beaucoup sur le fait qu'il avait connu Faurisson en khâgne, et qu'il était déjà antisémite. Je crois que c'est une rationalisation ex post facto et que Vidal-Naquet n'a jamais offert de preuve ou de témoins de ce qu'il affirme. Il disait aussi, à cette époque, qu'il lui plairait de tuer Faurisson.

J'aurais toujours ignoré les dénonciations plaintives qui ont pu voir le jour à cette époque si le système de renseignement de la centrale policière néo-kagébesque de l'écrivain Didier Denainckx ne m'avait appris qu'un certain Sami Dassa totalement inconnu de moi, avait imploré les puissances supérieures:

"J'ai envoyé ma lettre [ de dénonciation] le 24 mai 1982. A ce jour, je n'ai toujours pas eu de réponse. Je pensais néanmoins être soutenu par mon syndicat, le Sgen-Cfdt. Mais j'ai vite compris que je ne pouvais compter sur aucune institution: mon syndicat était plus préoccupé de sauver la place d'un collègue, malgré son soutien au négationniste Faurisson, plutôt que d'avoir le courage de s'opposer à des thèses inadmissibles."

L'art de la dénonciation est porté par l'intuition du moment favorable. Après dix-huit ans d'attente, ce moment arrive, et ce modeste chercheur à Nantes se voit soudain promu sur le site amnistia.net. Il en a les larmes aux yeux. C'est le climax de haine de juin 2000, il y trouve naturellement sa place.

L'enlèvement de la Sabine

Des rumeurs m'avertirent qu'il se passait des choses dans les couloirs, que Pierre Vidal-Naquet, dépité de ne pas avoir participé à une impossible victoire judiciaire contre Faurisson, intriguait contre moi en marge des commissions du CNRS. Je n'en avais cure.

Et puis, un beau jour, la présidente de la commission de sociologie, une chercheuse élue à cette position temporaire, Mme Sabine Erbès-Seguin envoya une lettre à trois chercheurs qui avait en somme soutenu le droit de Faurisson à s'exprimer, C. Karnoouh, Gabor Rittersporn et moi-même. Cette dame ne m'était pas hostile parprincipe ainsi qu'il appert d'un rapport fait par elle sur moi en 1978. Voir ce rapport.

2 août 1984

Monsieur,

vous avez cru devoir apporter votre caution aux thèses de M. Faurisson concernant les crimes nazis. Chacun a bien entendu le droit d'exprimer, en tant que personne privée, les opinions qu'il souhaite. Cependant, l'exercice de cette liberté pose, dans ce cas précis, des problèmes déontologiques. Le combat politique auquel vous adhérez vise en effet à ouvrir un débat estimé "scientifique". Or la seule mention de votre appartenance au CNRS, lors de vos interventions dans ce débat, tend à créer une équivoque et à faire supposer que vous vous appuyer [sic] sur les résultats de recherches entreprises dans le cadre du CNRS pour défendre vos opinions, ce qui n'est nullement le cas. J'estime donc que vous ne pouvez vous déclarer scientifiquement solidaire de M. Faurisson.

Il est de ma responsabilité de vous demander très fermement de n'exprimer vos opinions qu'en votre seul nom personnel, sans faire aucune mention de votre appartenance au CNRS, ce qui pourrait apparaître proche de la faute professionnelle.

Croyez...

[igné] Sabine ERBES-SEGUIN

président de la section 34

Copie au CNRS (dossier)

In cauda venenum. Le plus important était évidemment les quatre mots mis en post-scriptum. On alllait mettre à mon dossier le terme de "faute professionnelle". Je distinguai très bien le but de la manoeuvre. Une fois ce mot installé dans mon dossier, il ne restait plus qu'à l'arroser, le faire croître et après un temps, de demander des sanctions et, pourquoi pas? l'exclusion. Je reconnus donc l'existence d'une cabale. Il y avait contre Gabor une violente tentative d'exclusion. Mais il sut y faire face en réunissant une sorte de jury international qui se portait garant de la qualité exceptionnelle de son travail de recherche sur l'histoire de l'Union soviétique des années 30. Il répondit par un lettre et Karnoouh y alla de la sienne.

La mienne était datée du 30 septembre 1984.

Madame,

Je ne sais si vous pouvez comprendre l'étonnement que me cause votre lettre du 2 août 1984 qui concerne des écrits dont la parution remonte à plus de quatre ans. Ces quatre ans auraient dû suffire à vous informer exactement et, par exemple, en lisant ce que j'ai écrit, à vous éviter les contre-vérités qui parsèment votre lettre. Ainsi, vous ne pourriez pas dire que je me déclarerais "scientifiquement solidaire de M. (le Professeur) Faurisson". Cette formule est absurde et tel n'était pas mon propos. Un argument scientifique, d'ordre matériel ou technique, n'a nul besoin de "solidarité": il tient devant la critique, ou il ne tient pas. On est libre d'entrer dans une discussion ou de ne pas y entrer, mais si l'on décide d'y entrer, on ne peut plus dire n'importe quoi.

J'ai, pour ma part, simplement exposé les raisons qui pouvaient porter à penser que certaines questions historiques pouvaient être réexaminées à la lumière de la raison critique et du savoir contemporain. Ce genre d'attitude est d'une extrême banalité dans le monde de la recherche; elle en est même l'un des fondements. Le monde des vérités fixes, éternelles, nous est hélas fermé, chère collègue. Je dois vous informer que mon voeu s'est trouvé exaucé, non seulement par un important colloque international tenu en Sorbonne, auquel participait le regretté Raymond Aron, mais aussi par diverses publications et d'assez nombreuses recherches qui sont en cours dans diverses universités françaises, à Paris et en province. Il n'est pas rare que l'on vienne ainsi solliciter mes faibles lumières. Votre lettre pose ainsi l'amusante question de savoir si je dois cacher aux universitaires qui m'invitent à leurs colloques ou leur séminaires le fait - connu qu'y puis-je? - que j'officie au CNRS?

Il n'est au pouvoir de personne, pour le moment, dans ce pays, d'interdire une réflexion de nature historique, et je m'honore d'avoir pu contribuer un peu à lancer celle-ci. Je ne suis pas le professeur Faurisson et je n'ai, pour ma part, aucune conclusion formelle à présenter: c'est la tâche des spécialistes, dont je ne suis pas (mais en France il n'y en a guère) et je l'ai toujours dit très clairement. Je n'ai fait qu'appeler à la recherche et à la réflexion. Le procès que vous me faites est donc sans objet.

Vous affirmez que la "seule mention" de mon appartenance au CNRS "tend à créer une équivoque et à faire supposer que vous vous appuyer [sic] sur les résultats de recherches entreprises dans le cadre du CNRS pour défendre vos opinions..." Cette "seule mention" se trouve en p. 4 de couverture. Elle est donc le fait de l'éditeur qui a eu la correction de préciser que mon domaine de recherche est la "sociologie de l'Indochine". Il n'y a donc là nulle équivoque. Mon texte est parfaitement clair à cet égard et si équivoque il y a, elle vient de la presse et des rumeurs propagées par des adversaires dont l'honnêteté n'est pas toujours le point fort. J'ai un assez beau dossier de presse qui fleure bon la calomnie et je m'étonne que vous n'ayez pas consulté les rapports annuels au CNRS où je m'en suis expliqué.

Tout cela n'est que broutille par rapport au dernier paragraphe où vous prenez la responsabilité (c'est vous qui le dites) de juger que mon comportement "pourrait apparaître proche de la faute professionnelle". Cette formule alambiquée montre surtout que vous n'osez pas prendre la responsabilité de me reprocher une "faute professionnelle". Mais vous lâchez le mot, sans la moindre justification puisqu'en effet je n'ai exprimé mes opinions qu'à titre personnel. Le texte, encore une fois, en fait amplement foi. Et non seulement vous lâchez le mot, mais vous joignez copie de votre lettre à mon "dossier". Attitude typiquement policière: dénonciation, fondée essentiellement sur une rumeur (j'aurais argué de ma qualité de membre du CNRS) que l'on met dans un dossier pour qu'elle serve plus tard, à vider probablement quelque querelle partisane dont je n'ai que faire.

Je vais donc vous mettre en demeure, Madame, ou de prouver immédiatement votre assertion (par des éléments de texte signés de moi) ou de vous rétracter et de retirer votre lettre de mon dossier.

Pour appuyer votre "responsabilité" vous arguez de votre qualité provisoire de "présidente de la section 34". Je vous demande donc, Madame, de me faire part aussitôt de délibérations de ladite commission 34 qui vous habiliteraient et vous mandateraient pour me faire ces reproches et agiter ces menaces qui touchent à mon statut professionnel. Car enfin, si vous preniez seule, ès qualité, la liberté de blâmer et de menacer un collègue, ce serait bien le cas de "vous demander très fermement de n'exprimer vos opinions qu'en votre seul nom personnel, sans aucune mention de votre appartenance au CNRS, ce qui pourrait apparaître proche de la faute professionnelle" (pour ne pas parler de la faute de français, car enfin c'est le contraire qui pourrait apparaître etc...)

Vous comprendrez, Madame, que nous ne pouvons en rester là. S'il y a un problème sur le fond, celui de la déontologie, je vous signale qu'elle reste entièrement à définir. Il n'existe pas, et sans doute certains le regrettent, d'Ordre des sociologues, comme Vichy en a institué pour les médecins et les architectes. La seule raison est qu'il n'y avait point encore assez de sociologues à cette époque-là. Mais je suggère que vous usiez de votre qualité de président pour proposer la rédaction d'un code déontologique. J'aimerais beaucoup que l'on ouvre cette belle boîte de Pandore. En attendant ce jour de gloire, ne faisons pas deux poids et deux mesures. J'attends de savoir qui d'autres vous aurez blâmé parce qu'il aura fait connaître sa qualité de chercheur en dehors de sa stricte spécialité. Je ne doute pas que, dans ce domaine, une recherche ne soit assez fructueuse...

Je suis donc au regret d'avoir à porter à la connaissance de nos collègues du CNRS l'abus de pouvoir que représente la lettre que vous m'avez adressée, la même qu'à mes collègues C. Karnoouh et G. T. Rittersporn, et, encore une fois, j'exige que vous la retiriez de nos dossiers. Je n'ai pas la cruauté de vous demander des excuses car les obscures manoeuvres de la petite coterie dont vous avez été le jouet ne méritent pas d'autres commentaires que celui de Chateaubriand (Mém d'O.T., Pléïade, 22, 16): "Il y a des temps où l'on ne doit dépenser le mépris qu'avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux".

Je fis circuler cette lettre auprès des membres de la commission 34. Ce fut bientôt la Bérézina. La présidente envoya la missive suivante aux trois mousquetaires:

27 septembre

"Ma lettre du 2 août vous faisait part d'un certain nombre de remarques concernant vos prises de postion relatives aux thèses de M. Faurisson, remarques émises en plusieurs points du milieu des sociologues, et qui risquaient de relancer le débat dans la commission de Sociologie. Je souhaitais, pour ma part, que le dossier soit clos, c'est pourquoi ma lettre vous a été adressée à titre personnel, dans l'espoir de donner le moins de publicité possible à l'affaire.

Ce fut cependant une erreur, dans l'optique d'apaisement qui était la mienne, de verser ma lettre au dossier CNRS. Je fais donc retirer ces documents de votre dossier et je souhaite personnellement que cette affaire en reste là.

On comprend donc toute la manoeuvre: plusieurs "points" du milieu des sociologue veulent des sanctions. Ils se fichent pas mal de savoir si elles sont légales ou même possibles. Ils font pression sur la "présidente" (élue à ce poste pour 4 ans seulement). Madame Erbès-Seguin n'avait aucun préjugé contre moi: elle avait fait un rapport sur mon travail en 1978 qui en témoigne. La malheureuse cède à la pression en essayant de limiter les dégâts. Quand on expose la manoeuvre à la lumière du jour, elle se rétracte à toute vitesse.

Le modus operandi va se retrouver plus tard, mais j'avais gagné à peu près dix ans de tranquillité. J'ai rangé ce courrier dans un petit dossier jaune sur lequel j'ai inscrit "L'enlèvement de la Sabine".

Le monde du silence

La cabale avait subi un échec et elle abandonna ces manoeuvres frontales. J'assistai à un nouveau phénomène, beaucoup plus pernicieux. Il me devint peu à peu impossible de publier en France. Les revues cessèrent de me répondre quand je suggérais de donner tel ou tel article. Une revue comme L'Homme, fondée celui qie je considère comme un maître, Claude Lévi-Strauss, qui m'avait demandé des notes de lectures anthropologiques, négligèrent de les publier: Jean Pouillon y faisait la pluie et le beau temps. Les maisons d'édition me firent comprendre qu'elle ne pouvaient plus se payer le luxe d'avoir mon nom sur leur catalogue. Albin Michel me fit savoir que mon livre sur le Cambodge avait "brûlé" dans les entrepôts, qui eux, apparemment, étaient encore debout. Je téléphonais un jours à l'attachée de presse du Seuil, où j'avais publié mon premier bouquin: la pauvre fille ne pouvait même plus trouver mon nom sur son propre catalogue. A l'Harmattan, le spécialiste du Cambodge sabotait systématiquement les tentatives de certains de mes amis de publier là des textes de moi. Il ne restait plus que quelques publications indochinoises qui se montrèrent inaccessibles aux pressions de la cabale. Et l'étranger.

Les invitations aux colloques, conférences et autre parlottes, qui pleuvaient chaque semaine sur moi, commencèrent à s'espacer, puis à devenir infréquentes pour cesser tout-à-fait quelques années plus tard. Ceux qui m'avaient invité sans savoir que c'était devenu une sorte de tabou mondain ne le faisaient pas une seconde fois. Je reçus un jour un coup de fil d'un enthousiaste qui voulait m'inviter à Phnom Penh pour le bicentennaire de Langues'O. Je donnai mon accord. L'invitation n'est jamais arrivée. Comment mesure-t-on l'absence, les demandes d'articles qui n'arrivent pas, les invitations qui n'invitent pas, les repas qui ne sont pas pris, les coups de fil qui ne sont pas donnés, les personnes avec qui j'ai cosigné des écrits, qui les purgent ensuite de la liste de leurs ouvrages publiés?...

Cette situation n'avait pas que des inconvéneints: les colloques sont parfois l'occasion de préparer un texte qui fixe la réflexion. Mais c'est aussi une foire aux vanité et une perte de temps. Et il me restait des occasions de participer à des conférences internationales.

Dans la quasi impossibilité où je me trouvais et où je me trouve encore de publier en français en France, il me restait la possibilité d'écrire en anglais et de publier en dehors de la France. C'est donc ce que j'ai fait et que je fais encore. J'y ai gagné des lecteurs et une certaine reconnaissance que je n'avais pas spécialement cherchée.

En 1994, le labo où j'étais à Nanterre a été soumis à renouvellement et s'est transformé en lieu de recherches sociologiques sur l'Europe. Mon Indochine était trop loin. Pourtant j'y étais bien. Devant l'hostilité que certaines personnes ressentaient à mon égard, on avait trouvé un modus vivendi. Il était convenu que je ne mettais pas les pieds au labo. En échange de ma bonne volonté à ne pas venir offusquer la vue de certaines personnes "délicates", le directeur se chargeait de résoudre tous mes petits problèmes administratifs sur simple demande de ma part. Comme je n'utilisais ni bureau, ni papier, ni photocopieuse, ni secrétariat ni fonds de recherche, mon seul besoin épisodique était la fameuse "mission sans frais" qui couvre le chercheur qui se débrouille pour trouver ailleurs qu'au CNRS les sous dont il a besoin pour aller sur le terrain dans le cadre de son travail. Je n'ai jamais eu de dilection particulière pour ces réunions de groupe où l'on met au point les apparences d'une vocation commune des chercheurs dans un cadre prédéterminé par les modes et les desiderata d'une direction scientifique qui navigue à vue entre les pouvoirs publics, les demandes des administrations et l'humeur de la communauté des chercheurs, qui sont plutôt individualistes. Il y a une sorte d'hypocrisie sociale dont cet arrangement m'a débarrassé pendant quelques années.

Lorsque j'ai dû, en 1993, chercher un labo qui veuille bien m'accueillir, j'ai tout de suite compris que le terrain était "préparé". Tel directeur qui me répondait avec une sorte d'enthousiasme au téléphone, quand je lui demandais s'il voulait bien me prendre dans son équipe, m'envoyait, dix jours plus tard, une lettre contrite pour me dire que la chose était décidémment impossible pour telle ou telle raison triviale. Je suis néanmoins entré au CACSPI, le Centre d'Anthropologie sur la Chine du Sud et la Péninsule Indochinoise. L'un de mes collègues, botaniste et khmérologue avertie, Marie Martin, y travaillait. Nous étions accoutumés à nous rencontrer dans la campagne cambodgienne, ou à Bangkok ou même à Paris. Je lui téléphonai pour lui demander son accord, qu'elle me donna avec enthousiasme. Le directeur de ce tout petit groupe, Jacques Lemoine, étant du genre mal embouché, n'a pas accordé d'importance aux coups de téléphone qu'il a reçus aussitot après notre première conversation. Marie Martin lançait des philippiques derrière mon dos. Elle décréta tout de go que si j'entrais dans l'équipe, elle s'en irait, ce qu'elle fit. Aux pressions, Lemoine réagit en faisant le gros dos. Le labo a voté mon admission et malgré l'augmentation des pressions, il s'en est tenu au fait que mon admission avait été votée et qu'il n'y avait pas à y revenir. Ces histoires de révisionnisme ne le concernaient pas. Le départ de Marie Martin soulageait tout le monde.

Les affres du baron rouge

Ce labo d'anthropologie relevait de la section 38, en charge de l'anthropologie. Le président de l'époque était Emmanuel Terray, que j'avais connu comme africaniste et qui avait ensuite fait un violent accès de maoïsme. Cette maladie intellectuellement transmissible semble avoir à peu près disparu mais il faut se souvenir qu'elle a fait des ravages terribles et que beaucoup de bons cerveaux en sont restés marqués au coin de la débilité, à l'image de la maladie de la vache folle. Aujourd'hui Terray est présenté comme le chef du "troisième collectif" des sans-papiers.

Mieux connu sous le surnom de "baron rouge" (il est baron, paraît-il), Terray a utilisé sa fonction pour faire pression sur le directeur du CACSPI. Mon cas a été soulevé à la section 38 comme en témoigne Terray dans une lettre du 18 juillet 1994: "Les problèmes posés par l'affectation de M. Thion ont été évoqués par la direction scientifique du département SHS (Sciences de l'Homme et de la Société] le 3 mai 1994 lors d'une réunion avec les présidents de section du département. Comme je réside à Berlin, la section 38 a été représentée à cette réunion par un membre du bureau de la section, qui m'a transmis un compte-rendu des discussions."

Ce compte rendu est évidemment absent de mon dossier administratif tel que j'ai pu le consulter, après épuration soigneuse. Je n'ai jamais entendu parler de ce genre de réunion, qui ont bien dû laiser quelques traces.

Terray dit plus loin: "Vous savez fort bien que, depuis des années, M. Thion consacre l'essentiel de son temps et de son activité à la diffusion des thèses dite "négationnistes". Il lui arrive parfois de le faire en faisant état de sa qualité de chargé de recherches au CNRS. Tandis que la fonction même de chercheur est de rechercher, d'établir et de défendre la vérité, [dans la bouche d'un maoïste, la chose est succulente] voici donc un "chercheur" qui s'acharne à la nier et à la détruire. Il est naturel que l'accueil d'un tel chercheur dans une formation relevant de notre section nous pose problème. Contrairement à ce que vous semblez croire, il ne s'agit pas là d'un simple problème d'opinion: ce sont les règles fondamentales de la déontologie de notre métier qui sont en cause." (La déontologie maoïsdte, elle aussi, nous est assez connue...)

Il semble regretter, plus loin, que "la direction du CNRS s'en tienne depuis des années à une attitude de pure passivité vis-à-vis des agissements de M. Thion." Il est vrai que la direction du CNRS n'était pas alors composée d'anciens maoïstes et autres néo-staliniens.

C'est la première apparition, à ma connaissance, d'un nouveau thème de calomnie: celui selon lequel je ne travaillerais pas à mes travaux de chercheur, mais je passerais mon temps à "diffuser", en me prévalant du titre de chercheur au CNRS. Il n'y a pas la moindre substance dans cette invention. Peut-être voulait-on ainsi m'attribuer le volume entier des écrits révisionnistes en France, sans tenir compte de l'existence d'un tas d'autres auteurs. Mais cette calomnie, qui sera encore reprise en 2000, vise à établir une "faute professionnelle". Et une raison de révocation. Terray était dans l'impossibilité de fournir la moindre preuve mais le mensonge vit de lui-même. Et un ex-mao ne recule pas devant le mensonge. Il est symptomatique qu'en l'an 2000, on attribue mon non-travail à Internet. En 94, avant Internet, la calomnie était déjà constituée comme thème, de même que l'idée d'une "passivité" du CNRS devant mes supposés "agissements". Mais en 1994, Internet est encore un objet presque inconnu, dont seuls quelques physiciens et matheux ont le secret. La campagne de Denainkx en 2000 est axée sur ce thème, qui vise à déstabiliser la direction du CNRS, accusée, non plus de "passivité" mais bien de "complicité". Les temps ont changé, l'intolérance a monté, mais les procédés rhétoriques sont les mêmes et viennent toujours du bon vieux fonds stalinien, dont Terray, Denainkx et leurs complices sont les vigilants héritiers.

On verra dans la lettre de Terray la preuve qu'il s'agit bien des éléments avancés d'une cabale puisque le problème de mon affectation était déjà réglé: selon la lettre que j'avais reçue de Mme Paradeise, de la Direction des Sciencs humaines, ma demande de changement a été examinée par "la section compétente du comité national" et elle acceptait ma nouvelle affectation (elle n'a pas dit qu'elle la décidait), à compter du 15 mars (lettre du 28 mars, soit 6 semaines avant la réunion évoquée par le Baron rouge.

Il voudrait faire croire qu'il ne s'agit pas d'un problème d'opinion. Mais alors foutredieu, de quoi s'agit-il ? A nous, mânes d'Orwell! Si l'on veut supprimer une opinion, il faut dire que ce n'est pas une opinion. Ce tour de passe-passe est très grossier. Le petit marquis fait appel aux "règles fondamentales de la déontologie de notre métier", règles que je demande à voir. Existent-elles noir sur blanc? Ou s'agit-il d'une simple clause de style qui permet de camoufler toutes les basses manoeuvres? J'attends depuis longtemps de voir ce qu'oseront pondre ces petites savonarole, dont le passé politique d'apprentis commissaires ne m'est pas totalement inconnu. Si l'on me propose des "règles déontologiques", je promets de les appliquer.

Ce pauvre baron arrivait bien tard! Il était l'instrument d'une cabale bien ancienne, bien essoufflée, qui redoutait de perdre du terrain après les élections à venir. Et puis une section du comité national a souverainement tranché au mois de mars 1994. Toujours en retard, le baron. Il aurait dût se faire carabinier.

La tentative de putsch de Kaspi

L'arrivée de la droite au pouvoir et de Balladur à Matignon allait avoir quelques conséquences. On eut l'arrivée à la direction des Sciences de l'Homme et de la Société de M. André Kaspi, historien des Etats-Unis et directeur des Archives juives de France.

Il fallu attendre deux ans.

Je fus convoqué le 31 mai 1996 à la direction du département SHS. Le Directeur, M. Kaspi, m'accueillit avec ces mots: "ça fait deux ans que je vous cherche." Il pensait m'avoir "trouvé". Sa haine froide et méticuleuse transparaissait dans un visage crispé. Il avait convoqué des témoins. Mon directeur de labo était là aussi. Kaspi exhiba une page tirée d'une imprimante. Il y avait dessus un texte italien qui se présentait comme un compte-rendu élogieux du livre de Garaudy qui était sorti quelques mois auparavant et qui faisait le scandale que l'on sait. Quelque part, à la fin de ce texte, gisait mon adresse internet <thion@msh-paris.fr>. C'était la première fois que je voyais ce texte. M. Kaspi employait aussitôt des mots comme "faute professionnelle" et d'autres de la mêm eau, et me faisait part d'une "sanction": mon adresse e-mail était "suspendue" pendant le temps de l'enquête. Quelle enquête? Je m'apercevais qu'il y avait des gens du CNRS qui étaient spécialisés pour la traque sur Internet. Quand je contestai la propriété de ce texte sur la base d'une remarque technique, M. Kaspi, qui avoua ne pas savoir se servir de l'ordinateur qui trônait dans son bureau, essaya de joindre ses limiers au téléphone. Ils étaient déjà repartis pour Grenoble, se fit-il répondre au téléphone. Donc la police internétique du CNRS se trouve à Grenoble. Mais en attendant les résultats de l'enquête, je contestais formellement l'imputation qui m'était faite, au premier chef parce que je n'écris pas en italien.

Rentré chez moi, il ne me fallut que quelques heures pour éclaircir le quiproquo. Des Italiens s'étaient servi de mon adresse. Sans me demander la permission. Les adresses internet sont des choses éminemment volatiles et il n'y avait pas là de quoi fouetter un chat. D'ailleurs, cette adresse ne m'avait pas été fournie par le CNRS, mais par un labo de la Maison des sciences de l'homme, appelé LISH, et qui me l'avait vendue. J'avais payé 1000 F (en 1994) de ma poche. Je considérais donc que cette adresse m'appartenait. Les fournisseurs commerciaux ne sont apparus qu'en 1995-96.

Je consignai tous les élements de cette lamentable affaire, qui visait ni plus ni moins à me convaincre de "faute" et à me faire mettre à la porte, dans un texte que j'appelai Inquisition. Je le rends disponible ici même, dans la forme que je lui ai donnée à ce moment-là. Mais au lieu de l'envoyer purement et simplement à M. Kaspi, je lui en fis simplement connaître l'existence en lui proposant de lui envoyer s'il le souhaitait.

J'ai donc envoyé la lettre suivante le 6 juin 1996:

Monsieur le Directeur

suite à notre conversation du 31 mai, et aux accusations dont j'ai été l'objet, j'ai fait, comme convenu, ma propre enquête. J'en ai consigné les résultats dans un document d'une douzaine de pages, que j'ai intitulé "Inquisition" qui prend en compte le contexte, évoque la question des règlements concernant Internet, fournit la totalité des documents et démontre que je suis totalement étranger aux faits que vous m'avez imputés.

Je suppose que vous avez, de votre côté, fait procéder aux vérifications qui s'imposent. Je suis certain que vous arriverez aux mêmes conclusions que moi. Je les ais résumées ainsi dans le document cité plus haut:

Ce texte a un auteur, identifié comme <4ffgte$blj>, un Italien qui a échangé avec un autre, nommé <Geco>, à propos de mon adresse (qui a pu circuler en Italie sous forme de message privé adressé à quelqu'un qui a pu le communiquer à d'autres interlocuteurs, ce que chacun fait chaque jour sur le Réseau.) Ce texte a été rédigé dans une langue que je n'écris pas avec un logiciel que je n'ai jamais eu.

J'ai également trouvé l'auteur de ce que je crois devoir appeler une faute: voici le message que j'en ai reçu:

* * *

On se rend bien compte que l'extension d'Internet crée une situation nouvelle. Je crois qu'il serait utile de soumettre cet incident à la réflexion de nos collègues chercheurs. Vous n'êtes pas sans avoir remarqué que les usages et mésusages d'Internet n'ont encore fait l'objet d'aucune jurisprudence, que ce soit dans le domaine réglementaire ou dans l'action des tribunaux; certains sont saisis mais aucun n'a encore, à la date d'aujourd'hui (6 juin 96) rendu de jugement, même en première instance. J'espère que vous ne verrez aucun inconvénient à ce que je fasse oeuvre utile en soumettant les données de l'accusation dont j'ai été l'objet à la sagacité de nos collègues qui sont branchés - eux-mêmes ou leur labo - sur Internet. Car ce qui m'est arrivé peut arriver à tout le monde.

Je peux, bien évidemment, soumettre ce document à votre examen préalable, si vous le souhaitez. Et je trouverais même extrêmement profitable que le Département SHS, s'il le juge utile, en assure la diffusion. Dans tous les cas, les commentaires que sa lecture pourrait vous inspirer seraient soigneusement joints au document lui-même. Le principal, vous en conviendrez, Monsieur le Directeur, est de faire bénéficier la communauté des chercheurs de l'expérience que nous avons acquise.

 

Curieusement, M. Kaspi n'a pas été tenté de me répondre ni de voir le document. Il ne l'a donc pas lu et n'a pas pu enrichir la communauté de ses vues pénétrantes sur cette affaire.

Devant cet obscur silence, j'ai ré-écrit le 21 juin:

Le CNRS compte certainement les meilleurs experts qui soient en matière informatique et je suis assuré qu'ils pourraient examiner cette mince affaire et conclure avec moi que j'y suis totalement étranger.

Je m'étonne donc de ne pas avoir reçu à ce jour de réponse à mon courrier du 6 juin.

Je m'étonne que ma liaison Internet, suspendue sans préalable le 30 mai, n'ait pas été rétablie. Je ne vois pas comment une sanction pourrait s'appliquer en l'absence de toute faute. C'est par là que pourrait s'infiltrer le soupçon d'injustice.

A vrai dire, après cette lettre, je n'ai plus jamais entendu parler de M. Kaspi. Je sais que les journaux lui ont fait des reproches, qu'on a plus moins insinué qu'il aurait cherché à me "protéger" mais il me semble que ces reproches ne sont pas fondés. Il avait cru m'attraper mais il n'avait saisi qu'une ombre. A l'arrivée de la gauche, son siège est devenu éjectable et il a été récompensé de ses loyaux service par la direction d'une vaste entreprise: il est le directeur d'une toute nouvelle revue spécialisée dans l'histoire du CNRS. J'espère que quand cette revue en arrivera au moins de juin 1996, il pourra donner une intéressante version de cette petite histoire.

Comme il ne donnait pas signe de vie, je supposais que Kaspi intriguait. Je cherchais donc à lui faire donner un petit coup sur les doigts et j'écrivis à son supérieur, le Directeur Général, M. Guy Aubert, un physicien qui ne donnait pas l'impression d'être un politcien de bas étage. J'en reçus cette réponse datée du 12 septembre 1996:

J'ai bien reçu le 7 août dernier votre lettre datée du 31 juillet dans laquelle vous me demandez "aide et protection".

Vous y relatez avec force détails le différend qui vous oppose au directeur du département des sciences de l'homme et de la société du CNRS et en déduisez qu'il nourrit à votre égard une "vindicte personnelle".

Pour ce qui concerne la question principale posée par votre lettre, à savoir le rétablissement de votre liaison Internet à la MSH, je me permets de vous faire part de mon étonnement car le département SHS m'indique que votre liaison électronique a été rétablie le 7 juillet dernier. Le fait que vous n'en ayez pas été informé, si j'en crois votre lettre, révèle tout au plus un dysfonctionnement interne à la MSH (relation entre les utilisateurs et l'administrateur du réseau).

Quant aux nombreuses pages annexes qui accompagnent votre lettre sous le titre "inquisition" elles démontrent que vous avez atteint un certain niveau d'expertise en matière d'utilisation du "réseau", je pense pouvoir me permettre d'en juger, faisant moi-même partie "des physiciens qui l'utilisent depuis longtemps". Mais elle démontrent aussi que vous confondez la liberté qui prévaut et doit continuer à prévaloir dans l'utilisation individuelle du WWW et les règles élémentaires qui devraient naturellement s'imposer, ce qui ne dispense pas de les rappeler, dès lors que l'on met en place un serveur engageant aussi peu que ce soit la responsabilité de l'organisme CNRS.

Ainsi donc ma liaison internet aurait été rétablie le 7 juillet. Mais, plus tard, l'administrateur de la MSH s'est vanté de l'avoir coupée pendant trois mois. Donc, la MSH a menti, soit au Directeur du CNRS, soit à ceux qui utilisent ses services. La fin de la lettre est une allusion qui m'a échappé: il n'est nulle part question de mettre en place un "serveur engageant aussi peu que ce soit la responsabilité de l'organisme CNRS".

Assez curieusement, cette lettre n'est dotée d'aucune indication administrative normales. Elle ne figure pas dans mon dossier, non plus d'ailleurs que le texte "Inquisition".

 

Je n'avais pas entendu parler, à l'époque de M. Maurice Aymard, administrateur de la Maison des Sciences de l'Homme, qui était donc, sans que je le sache, le supérieur hiérarchique des gens qui m'avaient vendu l'adresse <@msh-paris.fr>. Lors d'une affaire de censure qui sera exposée plus loin, M. Aymard s'est vanté d'avoir été celui qui avait suspendu ma connection Internet avec la MSH. Je viens d'apprendre qu'il avait saisi, six mois plus tard, le COMETS (Comité du CNRS pour l'Ethique dans les sciences) de mon cas, sans me nommer. Assez curieusement, M. Aymard, que je n'ai jamais vu et avec qui je n'ai jamais parlé, se croit obligé d'inventer des salades. Ce qui'il dit au COMETS sur les arguments que j'aurais employés relève de la pure affabulation. Je reproduis, un peu plus loin dans le présent texte, sa lettre avec les commentaires qui s'imposent. Le plus extravaguant est que M. Aymard siège maintenant au COMETS: un censeur menteur qui donne des leçons d'éthique aux chercheurs!!!! Éthique étique...

Couper l'arbre pour scier la branche

La cabale, dont les membres ont bien dû se renouveler, comme les instances du CNRS, a continué à exister, à tâcher de me fermer toutes les portes et à briser ce qu'il est convenu d'appeler ma "carrière". Fort heureusement, avant même d'entre au CNRS, je m'étais fermement décidé à ne pas faire carrière. J'avais choisi le CNRS parce qu'il me semblait que c'était la seule institution où je pourrais conserver ma liberté de pensée. L'enseignement, avec toutes ses compromissions et l'exercice de toutes sortes de pouvoirs, ne m'avait pas attiré et j'avais refusé un poste d'assistant à Toulouse que mon bon maître Georges Balandier m'avait proposé. La carrière, quand on est chercheur, vous fait toujours aboutir dans des bureaux où il faut administrer ceci ou cela. Je n'avais pas l'intention de le faire et par la suite on ne me l'a pas demandé. Il y a aussi les promotions. Les miennes sont arrivées très lentement, avec le temps qiui passe. Quand j'ai demandé, pour le principe, à passer au grade de "directeur de recherches", j'ai été blackboulé. Sans surprise. En résumé, je suis entré au CNRS en 1971 pour exercer ma liberté de penser et d'écrire, je suis contraint de le quitter en l'an 2000 exactement pour les mêmes raisons. Les temps ont changé. Moi, non.

Mais la présence de la cabale a continué à se faire sentir. Après sa mésaventure, M. Kaspi a envoyé un émissaire à mon labo, le CACSPI, qui a fait comprendre au directeur, en lui parlant à titre tout à fait personnel et confidentiel, que sa carrière à lui s'en trouverait mieux s'il me fichait à la porte. Il s'était présenté au concours de directeur, justifié par une longue carrière, et son dossier n'avait pas même été pris en compte. Il avait protesté et il a fini par traîner le CNRS devant le Conseil d'Etat pour non respect des règles. Il a d'ailleurs fini par gagner mais le CNRS s'est contenté d'ignorer la décision du Conseil d'Etat qui proclamait l'annulation de certains actes administratifs.

Comme il faisait le sourde oreille, l'émissaire annonça que le laboratoire serait dissous avant sa date normale de péremption au cas où je ne serais expulsé. Cette conversation n'avait rien d'officiel, bien entendu. Je crois utile de dénoncer celui qui s'est ainsi livré aux basses oeuvres de M. Kaspi, son supérieur hiérarchique. Il s'agit d'un anthropologue nommé Gérard Lenclud, membre du laboratoire d'anthropologie sociale, au Collège de France, qui faisait alors office de "chargé de mission". On n'est jamais obligé de faire le flic. M. Lenclud n'a pas eu de ces scrupules. C'est parce qu'ils trouvent toujours des commis à l'échine souple que les magouilleurs parviennent à leur fin. J'ai connu ce labo à l'époque de Lévi-Strauss. On n'y trouvait pas d'anthropologues policiers. Si cela vous amuse, vous pouvez le dire à M. Lenclud: 01 44 27 17 62.

Ce que Lenclud avait annoncé s'est finalement produité. L'époque des grandes manoeuvres était arrivée. Le Labo a été dissous à la fin de 1999. Le but était de me mettre dans une situation vulnérable: plus de patron de labo pour aller parler avec la direction, pour défendre mes droits. On coupait l'arbre pour scier la branche sur laquelle j'étais assis. On allait pouvoir m'attaquer en position isolée. C'est bien ce qui s'est produit et je m'y attendais. J'avais vu la manoeuvre se dessiner depuis longtemps.

Episode syndical

Certains collègues me diront: et les syndicats? Les syndicats ne sont-ils pas là pour défendre, justement, l'employé qui est menacé, dont les droits sont ignorés par l'employeur? Certes.

Je n'étais pas syndiqué. Mais enfin je me suis dit que peut-être, en cas de pépin, il valait mieux pouvoir compter sur la chaude solidarité de ses camarades de travail. Je me suis renseigné auprès de FO et puis, après mures réflexions, je n'ai pas donné suite. Mais en février 1999, devant le manque de membres de sa propre organisation, le syndicat FO (SNPREES) dont le slogan était: "La Force en liberté"!, me demanda si je voulais bien faire acte de candidature pour je ne sais quelle élection à je ne sais quelle commission. Je me suis dit que c'était si gentiment demandé que je ne pouvais faire autrement que d'accepter. Le temps a passé. Jusqu'à ce qu'on me prévienne qu'il y avait là une "affaire". Quelle affaire? La mienne.

Voici en effet le communiqué que publiait FO le 17 juin 1999, cinq mois après avoir enregistré ma candidature à un poste de représentant de FO:

Le SNPREES-FO s'adresse à tous les électeurs pour les CAP [Commission administrative paritaire] du CNRS pour les informer d'un fait particulièrement grave.

Notre syndicat a été victime d'une provocation lors de la constitution de la liste des candidats Chargés de Recherche. En effet, nous avons été informés par un électeur qui venait de recevoir le matériel électoral le 16 juin qu'un des candidats sur notre liste, Serge Thion, est négationniste et révisionniste.

Après vérification, il s'avère que cela est exact. M. Thion a en effet écrit:

"Il y a sans doute eu des gazages artisanaux, mais la question des méthodes industrielles d'extermination n'est pas traitée d'une façon qui répondrait à toutes les questions que l'on est en droit de se poser sur le fonctionnement de toute autre entreprise industrielle, dans un autre contexte."

Le syndicat FO, qui est attaché à la libre opinion et ouvert à tout syndiqué quelles que soient ses opinions politiques, philosophiques et religieuses, défend en toute circonstance la démocratie. Il considère que la négation des crimes nazis est incompatible avec la démocratie, sans laquelle il ne saurait y avoir de syndicalisme libre et indépendant.

Le syndicat ne saurait donc cautionner la présence de Serge Thion sur sa liste. Il s'avère que son engagement sur une liste Force Ouvrière, organisation dont l'action en défense de la démocratie n'a jamais été prise en défaut, ne peut être interprété que comme un mensonge par omission et donc comme une provocation contre le syndicalisme libre et indépendant.

Compte tenu des conditions de vote:

- il n'est plus possible pour le syndicat de retirer la liste;

- le vote se déroulant par code-barre et non par bulletin, il n'est pas possible d'appeler à rayer Serge Thion de la liste.

Le SNPREES-FO appelle les électeurs Chargés de Recherche du CNRS à ne pas voter pour la liste FO pour ce corps.

Face à ce coup très grave porté au syndicalisme libre et indépendant, le SNPREES-FO appelle les électeurs Directeurs de Recherche; Ingénieurs, Techniciens et Administratifs à voter massivement pour les listes FO dans ces corps;

Villejuif, le 17 juin 1999

IRC - Pavillon des Syndicats, 7 rue Guy Moquet, 94801 VILLEJUIF cedex, email: fo@vjf.cnrs.fr Tel: 01 49 58 34 02 Fax: 01 49 58 36 75.

Je pouvais ainsi soupeser à son véritable poids l'engagement du syndicat à soutenir "la libre opinion". A vrai dire, là non plus, je n'ai pas été surpris. On sait que FO a longtemps mangé dans les râteliers de la CIA. Mais l'appel d'un syndicat à ne pas voter pour sa propre liste est une innovation qui m'est apparue comme assez réjouissante. L'autre côté ironique de cette historiette est que si, par miracle, j'avais été élu, j'aurais siégé dans la commission qui s'est muée en Conseil de discipline pour voter ma propre exclusion...

J'ai retrouvé les syndicats, et en particulier la CGT, à la phase finale, c'est-à-dire au moment de la réunion du Conseil de Discipline, organisé pour memettre à la port (4 juillet 2000). A la stupeur des néo-stals, un type s'était posté à l'entrée du CNRS et distribuait un tract, signé de la CGT, qui reprochait à la Direction du CNRS ce qu'elle était décidé à me faire. C'était là un "couac" qui n'était pas sans intérêt. Quelques jours plus tard, les musclés de la direction confédérale mettaient de l'ordre et désavouaient le tract de la section CGT du CNRS, qui, en fait, devant le vide du dossier, s'était persuadée que la Direction du CNRS allait prendre un mesure qu'il me serait facile de faire casser par les tribunaux administratif, ce qui ne manquerait pas de me donner la palme du martyre. Je crois que ce sont les syndicalistes de terrain qui avaient raison, mais la "raison d'état" syndicale l'a emporté. La CGT a donc rédigé un amusant compte rendu de cette affaire comique qui m'a été donné par des syndiqués rendus enragés par la bêtise de leur propre syndicat. Un détail est intéressant: à la date du 24 juin, soit dix jours avant la réunion du Conseil de Discipline, les membres du Conseil n'avait pas reçu le rapport Bédarida et ils écrivaient à la direction pour s'en plaindre. Ils ont donc eu moins de dix jours, comme moi, pour en prendre connaissance et arrêter une position. Ceci est inférieur aux délais légaux prescrits par les règlements. Voir le texte de la CGT.

 

Le gang des Lyonnais

Cependant, dans un univers parallèle, on voyait se remuer Gérard Panczer, un scientifique de la région lyonnaise, qui est une grande arène ou s'affrontent depuis les débuts de l'affaire Faurisson partisans et adversaires du révisionnisme. Là, on trouve plusieurs officines, en partie peuplées de trotzkystes et de communistes de diverses provenances, aussi bien dans le groupe qui édite la revue Golias, anti-catholique en diable, ou dans les écoles normales ou anormales qui bouillonnent d'activités antiracistes. Au milieu de ce bouillon de culture (ou d'inculture) se trouve un chimiste qui est branché sur Internet depuis longtemps. C'est dans ces milieux qu'on a développé Internet et qu'on en a la pratique la plus ancienne. Dès 1996 on voit apparaître ce minéralogiste comme surveillant les activités des révisionnistes sur Internet. Il fait un article dans Golias, dans le numéro paru en mai en 1996. Depuis lors, il continue à passer le Net au peigne fin, à enregistrer tout ce qui pourrait bien apparaître comme "négationniste" et à se constituer ainsi, avec les ordinateur du département de Chimie de l'université de Lyon, une archive de plus en plus gigantesque. J'ignore quelles sont ses allégeances politique mais j'ai trouvé sur le net au moins un document où il est qualifié d'"Israélien". (Voir ma note intitulée Le dénonciateur était israélien.) Serions-nous devant un nouveau Fingerhut, ex-officier de l'armée israélienne, reconverti, en France, dans des activités militantes centrées sur l'anti-révisonnisme sur Internet? [A peine ai-je écrit cette phrase que l'on me signale l'article d'un certain Karmasyn, "Le négationnisme sur Internet -- Genèse, stratégies, antidotes", paru dans la Revue d'histoire de la Shoah (sept.-déc. 2000), écrit "en collaboration avec Gérard Panczer et Michel Fingerhut". Sont-ce les services israéliens en action?]

C'est au mois de mars 1998 qu'il propose ses services au département des Sciences de l'Homme et de la Société. Il a déjà fait voter des motions dans les différents forums où il officie. Dans le document qu'il envoie au CNRS à Paris, il ne se casse pas la tête: il collationne des textes et des fragments de texte, qu'il atttribue rondement à Serge Thion, signés ou pas signés, et sans le moindre début de preuve que ces textes ont été écrits par moi ou par d'autres, distribués par moi ou par d'autres, ou mis sur le Net par moi ou par d'autres. Les preuves, ce n'est pas son affaire. Son affaire est de dénoncer et il dénonce. Il fabrique de nouvelles moutures de son papier, toujours le même mais avec des additions, sur "les négationnistes sur Internet". Comme si tout le monde n'était pas déjà sur Internet...

Cet extrait pourrait appeler quelques commentaires: ce Monsieur encourage des "étudiants protestataires", dont on voit bien à à quelle obédience ils appartiennent, à empêcher un universitaire retraité de donner une conférence dans une université parisienne, en raison d'un livre (sur un autre sujet) qui ne leur plaît pas. En second lieu, on voit la tentative de mettre la main sur le CNRS pour s'en servir comme instrument de contrôle et de censure au services d'intérêts qui ne sont pas révélés. Il n'est nullement gêné par la fait que le site de l'Ircam (Centre Georges Pompidou, subventionné par l'Etat) diffuse Un Eichman de papier, Anatomie d'un mensonge extrait de l'excellent Les assassins de la mémoire de P. Vidal-Naquet, 1980, et autres violentes attaques contre moi et contre d'autres.

C'est dans ce même numéro, consacré essentiellement au révisionnisme, que l'on trouve ce passage du communiste Gayssot, qui n'était pas encore ministre:

On voit à quel point le député communiste Gayssot parvient à se mettre en contradiction avec lui-même à propos d'un loi dont le caractère totalement inacceptable et anti-constitutionnel est évident pour tout le monde. Mais le Conseil constitutionnel n'a pas été saisi dans le temps règlementaire et notre sytème est fait de tel sorte qu'il n'existe plus aucun moyen de vérifier la constitutionnalité du texte. En outre, entendre des communistes parler du développment des libertés comme critère décisif de "toute avancée de civilisation" ne peut que susciter une vaste rigolade.

Dans Golias de mai 1996, Panczer passe en revue les sites révisionnistes et les sites qui combattent le révisionnisme (il y en a) sur le ton du militant, de l'activiste engagé dans une tâche suprême de "vigilance". Il n'y a là dedans rien d'extraordinaire. On suppose que le temps et le matériel qu'il consacre à cette vigilance lui est aimablement prêté par l'université et le centre de recherche où il travaille. On ignore si les services israéliens font preuve à son égard de la sollicitude qu'il est en droit d'attendre. Ces détails s'éclairciront plus tard. En attendant, dans cet article et dans quelques autres de la même eau parus aussi dans Golias, un magazine qui vise principalement à calomnier le clergé catholique, G. Panczer commence à établir une petite réputation de "spécialiste du négationnisme sur Internet."

Panczer et d'autres reprochent à S. Thion d'utiliser son titre de chercheur pour des activités qui ne relèvent pas de la recherche. mais voyons ce que fait Panczer: il signe un appel à manifester pour influencer la Cour de cassation dans une affaire où un chercheur (M. Robert) est diffamé par un autre (M. Videlier), diffamation établie et condamnée en première instance, en appel et finalement confirmée en cassation. Panczer excipe de son titre d'élu au Conseil National, d'autres de leur qualité d'ancien membre du COMETS:

On ne s'étonne donc pas de lire dans le

Compte-rendu de la session d'automne 1998
(16-18 novembre 1998)

[où l'on trouve Gérard PANCZER élu B2 - SGEN-CFDT Lyon Tél : 04 72 43 16 06 - Fax : 04 72 43 11 30]

Panczer travaille à l'UMR 5620 - Bâtiment 201 poste 1606, dans l'UFR Sciences de la Terre de l'UCB LYON I, 27-43 Boulevard du 11 Novembre F-69622 Villeurbanne, Cedex. Il participe aussi à une Commission des Droits de l'Homme et Questions Ethiques de la Société Française de Physique. (Président: Paul Kessler, Membres:.... Gérard PANCZER (*) panczer@univ-lyon1.fr (*) membres du bureau de la Commission...)

 

Document: http://sfp.in2p3.fr/SFP/actions/cdh/cdh.html

 

On voit donc que partout où il intervient Panczer s'efforce d'obtenir, par le biais d'informations gravement déformées et tronquées, des condamnations de S. Thion, par pure vindicte puisqu'à l'époque, j'ignore jusqu'à l'existence l'existence de ce Panczer.

En 1998, il publie une version rallongée du même article de dénonciation dans une revue appelée Mauvais temps, qui sera bientôt reprise sur le site d'Amnistia, où se fait la conjonction entre les activistes de Golias, Didier Denainckx, qui a déjà dénoncé dans la presse une énorme quantité d'écrivains qui n'ont pas l'heure de lui plaire et qu'il accuse de complicités envers la nazisme, et Gérard Panczer, le "spécialiste" de la collecte sur Internet.

Des khmérologues avertis

La cabale des vigilants s'est encore récemment signalée par une de ces atteintes totalitaires dont elle a le secret. Voici ce qu'il en est:

Vers 1997 ou 98, des étudiants spécialisés dans les travaux de recherche sur le Cambodge décident de créer un site Internet. Ils sont en doctorat et désirent se donner un lieu où leurs préoccupations scientifiques pourront s'exprimer. La MSH, Maison des Sciences de l'Homme, leur fournit un site d'hébergement sur son seveur. Il s'agit bien d'une entreprise scientifique, dont le but est de promouvoir les travaux qui se font, en France et ailleurs, dans le domaine bien précis de ce qu'on appelle la khmérologie.

Cette Association d'Echange et de Formation pour les Etudes Khmères (AEFEK) a pensé faire oeuvre utile pour ses adhérents et tous ceux qui s'intéressent à la khmérologie en affichant sur son site des bibliographies de travaux effectués par leurs aînés, des chercheurs qui ont déjà fait leur carrière et dont les travaux sont parfois difficiles à trouver, ou même à identifier.

Il s'est donc trouvé que, parmi d'autres chercheurs que j'appellerais chevronnés, l'AEFEK m'a demandé si je voulais bien fournir une liste de mes écrits portant sur le Cambodge. Quelques clics plus tard, ils affichèrent cette liste, parmi d'autres qui couvraient les travaux de plusieurs de mes collègues.

Plusieurs mois passèrent.

Le 23 mai 2000, l'Association reçut le mail suivant:

Réponse prudente du responsable provisoire su site:

Monsieur,

Parmi les grandes lignes associées à la mise sur pied de l'Association pour les Etudes Khmères, nous nous sommes efforcés d'établir une bibliographie la plus exhaustive possible sur les études cambodgiennes, pouvant servir d'aide-référent aux étudiants et chercheurs.

Dans l'énoncé des travaux des chercheurs présentés, outre ceux de B.P. Groslier, Jean Boisselier, Solange Thierry... il y a effectivement ceux de Serge Thion. Plus précisément, dans son cas, ce n'est pas "un certain nombre de publications" mais uniquement ses publications sur le Cambodge et sur l'Asie du Sud-Est qui sont présentées (qui plus est, nous n'avons introduit aucun lien pouvant activer son site ou favoriser un contact avec la personne)

Par ce fait, nous ne faisons que relayer la politique bibliographique des grands centres universitaires et des grandes bibliothèques (BNF, Library of Congress, Bibliothèque de l'EFEO, BDIC, le bulletin signalétique du CNRS...); sans compter les nombreux ouvrages francophones et anglo-saxons traitant de l'histoire du Cambodge contemporain et qui font références aux travaux de M. Thion sur la question cambodgienne.

Etant donné que notre site est hébergé sur le serveur du MSH, et que la présence des travaux de M.Thion pose problème, nous prenons acte de votre décision de les retirer.

Sincèrement,

N. A. C.

Responsable de l'AEFEK et de son site -.

Une vive discussion s'est ensuivie qui n'a pas sa place ici. Mais l'AEFEK allait recevoir un autre mail quelques jours plus tard:

Mon commentaire:

Il faut d'abord remarquer que ce Stokinger commence par prendre ses informations sur le site "amnistia.net" et dans les écrits de Daeninckx spécialisé dans la calomnie, le mensonge et le chantage. Qu'un professeur des universités en arrive à s'abaisser à ces procédés de voyous montre que l'honnêteté intellectuelle est abolie et que la fonction universitaire est très dégradée.

Il faut bien dire que ce Maurice Aymard, tout administrateur qu'il soit, est culotté. C'est un fieffé menteur et je vais faire ici une brève liste de ses mensonges:

-- Je n'ai pas été recruté fin 1970 pour faire des travaux sur le Cambodge.

-- L'affaire des "insultes" concerne un petit texte de 15 lignes sur le caillassage de Jospin par les étudiants palestiniens de Bir Zeit, en février 2000. Rien à voir avec le révisionnisme. J'ai exprimé ma solidarité avec les Palestiniens, comme je le fais depuis 30 ans. Il paraît, d'après le sieur Daeninckx que Jospin n'a pas apprécié le ton de mes propos et qu'il a transmis un dossier à Schwarzenberg, ministre de la recherche. J'admets tout à fait ce genre de vengeance. Mais Aymard mélange tout exprès pour impressionner ses interlocteurs. Il n'a aucune qualité pour porter des jugements, dans le cadre de ses fonctions, sur mes opinions politiques, telles qu'elles sont exprimées dans des forums publics.

-- Il cache le fait qu'il a fait partie du Comité d'Ethique (1994-1997) du CNRS (Comets) qui s'est penché sur mon cas sans jamais rien conclure de concret.

-- Il dit que je me suis servi de ma "laison" avec la MSH pour faire je ne sais quoi et en utilisant mon "titre" de chercheur, ce qui est purement et simplement faux. D'abord, chercheur n'est pas un "titre". C'est un poste. Ensuite, une adresse Internet n'est qu'une adresse internet. Un chercheur a le droit de recevoir du courrier privé à son adresse professionnelle. On ne voit pas que l'administrateur puisse se mêler de censurer les envois qui sont fait à une adresse personnelle. Ou alors c'est de la violation de correspondance.

-- L'affaire de "l'utilisation frauduleuse" est un gros mensonge. J'ai été accusé par Kaspi, directeur au CNRS du département des sciences de l'homme, et j'ai fait litière de cette accusation, qui ne reposait sur aucun fondement; Voir Inquisition. Les propos d'Aymard sont en contradiction direct avec ceux du directeur général du CNRS de l'époque, M. Guy Aubert. (Voir plus haut)

-- Cette "laison" avec la MSH, je l'ai payée 1000 F de ma poche. Elle ne m'a donc pas été "fournie". Le CNRS ne m'a jamais fourni aucun moyen électronique: j'ai toujours payé de ma poche mes livres, mon papier, mes machines à écrire, mes ordinateurs, mes modems, mes abonnements téléphoniques, etc. Je n'ai jamais disposé d'un centimètre carré de bureau en 30 ans au CNRS, je n'ai jamais accédé à un ordinateur du CNRS et je n'ai jamais eu de mot de passe pour une connexion quelconque au compte du CNRS. Mon cas n'a rien d'exceptionnel: il est celui d'une très grande partie des chercheurs en sciences humaines.

-- Il a le culot de dire qu'il faut éviter toute censure scientifique au moment même où il la pratique. Il dit qu'il faut séparer les genres, recherche et "diffusion de thèses inadmissibles": c'est justement ce que faisait très soigneusement l'Association des Etudes khmères qui se concentre sur les seules questions cambodgiennes.

-- C'est lui, dans son point 2, qui "imagine" (en suivant à vrai dire les calomnies habituelles de la presse) que je chercherais à "nier ou à redimensionner" le "massacre des Khmers rouges". (C'est un menteur madré: il n'utilise pas le terme de génocide). Et il demande à l'Association de passer mes textes au peigne fin qu'il fournit lui même gratuitement. Il propose d'ajouter un "label" genre "viande française". Quelle honte! Qu'un universitaire s'abaisse à de telles pratiques qui remontent au temps où la Sorbonne était le lieu de la formulation théologique par excellence... Ce sont des menteurs et des censeurs de cet acabit qui "dirigent" des établissements universitaires! Pauvre France! Pauvres étudiants! Vous feriez mieux d'aller étudier en Russie, vous serez mieux traités et mieux considérés. Et vous apprendriez mieux.

Voir le site désormais censuré de l'AEFEK:

http://vhf.msh-paris.fr/Labos/aefek/

En septembre 2000, dégoûtés, les khmérologues ont quitté le cloaque de la MSH et sont passés ailleurs. On les trouve à

<http://aefek.free.fr> et <http://peninsule.free.fr> où ils sont libres de mettre en ligne les bibliographies qu'ils jugent utiles, y compris, c'est leur choix, la mienne.

Guignol à la Maison

Mais les mensonges de M. Aymard ne s'arrêtent pas là. Le directeur du COMETS, à qui j'ai demandé de me faire connaître le résultat des enquêtes menées subrepticement sur mon compte a bien voulu me faire parvenir une copie d'une lettre envoyée à la précédente directrice du COMETS, Mme Ahrweiler, en provenance, justement de ce Maurice Aymard, qui a décidément beaucoup de temps à consacrer à faire la police. La voici:

MAISON DES SCIENCES DE L'HOMME - FONDATION RECONNUE D'UTILITÉ PUBLIQUE

54, boulevard Raspail 75270 Paris cedex 06 Tél. 01 49 54 20 00 - Télex: MSH 203 104 F - Fax: 01 49 54 21 33
----------------------------------------------------------------------------

Administrateur 01 42 22 02 94

MA/JO

Paris le 17 janvier 1997

Madame Hélène AHRWEILER
Président du COMETS
c/o Madame Christine Bouchard
28, rue Guynemer 75006 Paris

Madame la Présidente,

A la suite de notre réunion du mardi 14 janvier et de l'entretien que j'ai eu ensuite, avec notre collègue, Michel Vivant, je vous confirme que je souhaiterais saisir le COMETS des problèmes que pose ou pourrait poser l'éthique de la gestion d'un réseau informatique largement ouvert à une communauté de chercheurs raccordés à titre individuel ou à travers leur laboratoire de rattachement. Il apparaît en effet que certains d'entre eux peuvent être tentés d'utiliser les possibilités offertes par le réseau à des fins qui sont contraires à l'éthique scientifique, et même à l'éthique tout court, et qui sont de nature à nuire à la réputation ou à mettre en cause la responsabilité de l'établissement gestionnaire de ce même réseau.

Cette préoccupation me vient d'une réflexion sur le cas concret que nous a posé, au printemps dernier, la découverte sur un site WEB, localisé à Bologne, de textes "révisionnistes" présentant et défendant les thèses récentes de Roger Garaudy, et provenant d'une adresse électronique indiquant le nom du chercheur et les références de la Maison des Sciences de l'Homme. Comme il s'agissait d'un chercheur membre du CNRS, raccordé au réseau depuis les locaux de la rue Damesme par l'intermédiaire de la Maison des Sciences de l'Homme, l'affaire a été traitée par la direction scientifique SHS qui a suivi sur ce point les avis de ses services juridiques et qui m'a tenu informé de ses décisions. Au terme d'une période de près de 3 mois pendant lesquels ce chercheur a été déconnecté du réseau à notre initiative, nous avons été conduits à le reconnecter parce que notre position juridique nous était présentée comme faible pour les raisons suivantes:

1) Le chercheur concerné, dont les sympathies révisionnistes sont connues de tous, indiquait qu'il pouvait s'agir d'un piège qui lui avait été tendu: son bureau restant ouvert toute la journée, son ordinateur allumé, le mot de passe inséré alors que lui-même circulait dans les locaux, n'importe qui, selon lui, avait pu envoyer en son absence n'importe quel message en utilisant son ordinateur.

2) Le même chercheur s'abritait également derrière le fait que ces signatures électroniques ne sont pas totalement protégées et qu'elles peuvent être imitées par un bon ingénieur informaticien, à partir d'à peu près n'importe quel appareil, même extérieur à notre réseau.

Comme cet incident risque de se reproduire et que depuis le 1er janvier dernier, le réseau qui était jusque là co-géré par la Maison des Sciences de l'Homme et le CNRS, est passé sous la seule responsabilité de la Maison des Sciences de l'Homme, j'aimerais beaucoup que le COMETS puise profiter des compétences en ce domaine de notre collègue, Michel Vivant, pour préciser l'analyse juridique de ce type de situation et examiner notamment si d'autres argumentations ne pourraient pas être développées, qui seraient susceptibles de permettre à chaque institution de se protéger contre ce type de déviation.

Je vous en remercie par avance et vous prie de croire, Madame la Présidente, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs

[signé] Maurice Aymard.

Cet épurateur a une imagination débordante. Il invente les arguments qu'il met dans ma bouche: "n'importe qui, selon lui,..." Or je n'avais pas donné mes arguments à Kaspi. Je luis avais fait seulement entendre que j'en avais, et d'excellents. Je les ai fait parvenir plus tard à la Direction Générale. Donc Aymard imagine que j'ai un bureau rue Damesme, un ordinateur à ma disposition, etc., toutes choses qui sont la vie quotidienne des gens qui se la coulent douce dans l'administration. Mais, moi, chercheur lambda, absolument dépourvu de promotions, je n'ai jamais eu de bureau, ni à Nanterre, ni rue Damesme où trois minuscules pièces devaient servir à 30 chercheurs et une bibliothèque chinoise. Il ne me serait pas venu à l'esprit d'inventer un tel scénario. De même, il n'est nul besoin de créer le spectre d'un "bon ingénieur informaticien"... Les gens qui avaient utilisé mon adresse s'étaient contentés de la taper sur un clavier. Aymard fait du roman, et il en rajoute, trois ans plus tard, pour impressionner les jeunes khmérologues. Pourquoi la MSH est-elle administrée par de tels guignols?

Pol Pot à la rescousse

Un autre exemple de censure douce? En janvier 2000, un de mes amis, journaliste de la Far Eastern Economic Review, qui a beaucoup circulé et travaillé au Cambodge, Nate Thayer, arrive à Paris. Il est le seul qui ait eu l'occasion d'interviewer Pol Pot, devant une caméra, peu avant sa mort en 1998. Il a confié ses pellicules à une maison parisienne, pour monter un film sur Pol Pot, destiné à la télévision. Peu après, il me téléphone, catastrophé par le montage et le récit qui l'accompagne: c'est un magma anhistorique, sentimental et bavard, bien dans le genre de ce qui se fait aujourd'hui sous le vocable immérité de "documentaire historique". Il m'appelle à la rescousse. Personne en France ne connaît autant que moi l'histoire du parti communiste khmer. J'accepte donc, par amitié, de refaire le scénario, de recomposer le montage et le commentaire. Nate doit quitter Paris, pour des affaires urgentes. Je passe plusieurs jours avec les monteurs et j'en apprends beaucoup sur la façon de manipuler les images, au quart de seconde près, par un commentaire qui va guider leur interprêtation. Les gens de la boîte de production, y compris le directeur, Guy Seligman, sont très contents. On travaille vite et bien. Seligman me promet un contrat et une somme d'argent adéquate. Le responsable allemand de la télévision de Sarrebruck, qui veut passer le film, vient voir l'état final, bref, tout se passe à merveille: on arrive à un film intéressant, qui a du sens et qui évite les pièges de la facilité.

Deux jours après la fin de mon travail, Seligman appelle Thayer à Bangkok pour lui dire qu'il "vient de passer au Centre Simon Wiesenthal à Paris, qu'il a découvert qui j'étais et qu'il n'était pas possible d'utiliser mon travail parce qu'il faudrait alors mettre mon nom sur le film."

La suite est anecdotique: Seligman refourgue l'ancien montage pourri aux Allemands, trompe Thayer complètement sur la qualité de ce qui sera livré aux téléspectateurs et, bien sûr, ce n'est pas négligeable, garde l'argent que mon travail devait rapporter.

Quand je dis que je suis "blacklisted" et interdit de travail dans ce pays, je ne plaisante pas.

Hypothétique et récapitulative reconstruction des cabales

Dans les années 1980, il se forme une cabale autour de Pierre Vidal-Naquet. Le but est de faire inscrire à mon dossier administratif une "faute" professionnelle qui pourra servir plus tard. Elle aboutit en 1984 à la lettre de Mme Erbès-Seguin, et à sa rétractation.

Cette cabale est toujours présente dans les années 90 car elle organise le vide autour de moi: fermeture des portes dans l'édition et la presse, tarissement des invitations aux colloques et autres séances de parlotte. Elle est présente et se manifeste de façon presque ouverte quand je dois changer de labo en 1994.

Elle recrute Kaspi (qui m'en fait l'aveu ingénu: "je vous cherche depuis deux ans), le directeur du Département des sciences de l'homme. Le terrain se déplace sur Internet. Des réunions se tiennent au COMETS depuis cette époque, sans aboutir à rien de concret. Le président du conseil d'administrationdu CNRS, Edouard Brézin, est un temps chargé d'enquêter sur mon compte, puis, sans explication, il y renonce. On décide d'assassiner le labo où je travaille pour mieux m'isoler, manoeuvre qui prend trois ans et aboutit le 30 décembre 1999.

Dans les années 1992-95, une deuxième cabale se met en place à Lyon, autour de la revue Golias et de "l'enseignant-chercheur" israélien Panczer dont les motivations idéologiques ne font pas de doute, et de quelques autres qui naviguent sous les couleurs du syndicat communiste ou des groupes trotzkystes de Lyon. Ces gens sont des bons praticiens de l'arnaque médiatique. Ils tentent de faire tomber Rittersporn en janvier-février 1998 en manipulant un journaliste berlinois, ancien communiste, juif et francophone, Maxim Leo. Au printemps, ils continuent. Panczer est contacté, ou il s'est proposé aux bons service d'un chercheur nommé Olivier Kourchid, qui est un ancien collègue d'Erbès-Seguin dans la sociologie du travail. C'est un vivier communiste et Panczer est sans doute proche de ces gens-là puisqu'il a avec eux des rapports qui sont habituellement inexistants (entre sociologues et minéralogistes...) D'un côté, Panczer alimente la campagne médiatique de l'axe Golias -- Denainckx -- L'Humanité -- MRAP -- brigadistes, c'est-à-dire une filière que l'on peut appeler communiste, et de l'autre il alimente une filière interne du CNRS Kourchid -- Péquignot -- Vernant -- Bédarida dont le vieil élément stalinien est Vernant, copain de Vidal-Naquet mais resté vieux-communiste. Les initiatives de cette filière sont visibles à partir de mars 1998 (lettre de Panczer à Péquignot), c'est-à-dire au lendemain de l'attaque contre Rittersporn.

Il y a donc au début 1998 soit une fusion soit une simple confluence de la vieille cabale interne au CNRS et de la nouvelle filière communiste qui va médiatiser l'affaire en 2000. La direction du CNRS, qui n'est certainement pas insensible aux poids des syndicats communistes, demande l'intervention du COMETS au printemps 1998 et lance un enquête secrête en mars 1999. On sait que Bédarida, tout à sa vindicte, mordra autant qu'il pourra. Vernant, dans cette commission, fait le lien avec Panczer, rebaptisé "informaticien" par Bédarida, qui cache soigneusement son identité pour lui maintenir une sorte de manteau d'objectivité. En effet, si Bédarida avait avoué qui était son "informaticien", il aurrait couru le risque de voir dévoiler les motivations idéologiques de son limier Il s'en tire avec cet anonymat de convenance.

En février 2000, j'écris un petit texte (15 lignes) qui attaque violemment Jospin qui manifeste sa solidarité avec Israël et remercie, par mesure de solidarité, les Palestiniens de lui avoir lancé des caillous. Il pâlit sous l'outrage et le souvenir de la peur ressentie sous les cailloux. Des "associations" non-nommées mettent le texte sous les yeux de Jospin, selon Denainckx, qui ajoute que Jospin transmet à Schwarzenberg, le radical de gauche qu'il faut avoir juste avan,t les élections. Qui sont ces "associations" ? On peut supposer ce qu'on voudra mais je subodore la présence des avocats qui ont concocté la loi Gayssot (Jouanneau, Badinter, et quelques autres).

Au printemps 2000, tout est en place: je n'ai plus de labo et de "patron" pour amortir les choses avec l'administration et me tenir informé de ce qui se trame. La campagne de Daeninckx commence en avril sur le site amnistia (tenus par des anciens brigadistes condamnés en Italie pour divers meurtres), relayée par L'Humanité, puis le MRAP, puis, quand la directrice du CNRS craque et tente de se blanchir devant la presse, Libération et Le Monde. (2 juin)

Jusqu'à ce moment-là personne, ni au CNRS, ni dans la presse, à l'exception d'un journaliste de FR3, ne m'a jamais contacté pour savoir quelle était ma version des choses. Toute l'instruction secrète de la commission Bédarida s'est faite à charge. Elle ne semble pas avoir procédé à des auditions quelconques. On est à Venise au XVIIe siècle, avec la bocca, la bouche d'ombre qui reçoit les dénonciations au Grand Conseil, assemblée de notables et de possédants. Jamais personne ne m'a posé la moindre question...

J'ai vu arriver la sombre nuée, mais privé du droit de réponse dans la presse, et du droit de m'exprimer devant les instances du CNRS, je n'avais pas de moyen de faire entendre ma voix.

J'ai donc été l'objet de manoeuvres absolument frauduleuses de la part d'un réseau, ou d'en ensemble de réseaux que je qualifierais de "communistes". Certains observateurs s'étonneront de ne pas voir intervenir dans cette affaire les ligues qui poursuivent les révisionnistes devant les tribunaux depuis vingt ans. Même le MRAP qui me dénonce si fort se garde bien de me poursuivre. Il me semble, dans l'état actuel de mes informations, que le complot et les manoeuvres contre moi sont à mettre au compte des communistes et des socialistes. Pourquoi font-ils cela?

Je n'ai qu'une supposition à proposer: les communistes, ayant abandonné toutes les idées qui faisaient d'eux des militants qui voulaient changer la société, n'ont plus à défendre que leurs postes, leurs positions dans l'appareil d'Etat (communes, Chambre, ministères, associations subventionnées, administrations, etc.) De militants désintéressés, ils se sont transformés en magouilleurs avides de pouvoir. Ils utilisent, jusqu'à la caricature, les méthodes qui sont habituellement reprochées aux francs-maçons. En fait, sous le règne Jospin, les communistes ont plus de pouvoir dans la société française qu'ils n'en ont jamais eu auparavant, même sous Mirtterrand, et ils s'entendent à noyauter, à infiltrer pour le garder.

Quand Mitterrand a abandonné toute revendication sociale et tout effort de changement véritable, il a inventé l'anti-racisme de pacotille qui s'est manifesté sous les apparences de "SOS-racisme", lourdement subventionné par les fonds ministériels. Les communistes, à leur échelle, jouent les "anti-fascistes", qui est un vieux fonds de commerce, en s'attaquant non pas à une force politique réelle, mais à des individus isolés qui pensent dans leur coin. C'est facile, pas cher, et on ne sait pas si ça va rapporter gros. Dans tous les cas, il est intéressant de remarquer que les communistes gardent un grand pouvoir de sidération sur la classe intellectuelle, ou ce qui en reste. Les idéologies puritaines venues d'Amérique, qui veulent tout judiciariser, viennent brocher là-dessus et conforter le désir d'épuration, qui a pour principe de manifester la force et la dominance de ceux qui traquent les "suspects".

J'ai rédigé une petite chronologie de ces événements sous le titre "La vengeance de Jospin".

Je demande à mes 26.000 collègues du CNRS, et aux dizaines de milliers de chercheurs et d'apprentis-chercheurs de regarder en face cette situation et de prendre des mesures pour s'en émanciper.

Serge Thion
24 11 2000


Contacter Serge Thion: cnrs at mail15.com

Pour décourager les censeurs et les suppresseurs, ce site a été placé, en 2000, sur le Net en trois endroits différents. En 2003, un seul site a survécu. Electric Apsara rouvre trois autres sites miroirs:

http://www.stvscnrs.greatnow.com

http://www.cogentinternet.com/cnrsisbad

http://aa.1asphost.com/cnrsisbadforyou

et celui qui a survécu aux bourrasques:

http://abbc.com/totus/cnrs/index.html

A compter d'avril 2003, la gestion et la maintenance des sites sont assurées par Electric Apsara Co., boulevard Monivong, Phnom Penh, Royaume du Cambodge.

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