Le Monde, samedi 3 juin 2000, p. 36
La directrice générale du CNRS, Catherine Bréchignac,
a décidé d'engager une action contre Serge Thion,
chercheur en sociologie et figure centrale du négationnisme
français. Dans l'édition du 2 juin de Libération,
elle déclare s'être résolue à agir
"pour des raisons d'éthique". Alertée
à l'automne 1998 par les instances d'évaluation
du CNRS sur l'activité du chercheur, elle a, d'une part,
mis en place une commission d'enquête interne à l'organisme
et s'apprête, d'autre part, à "avertir le procureur
de la République".
Né en 1942, Serge Thion, illustre, de façon caricaturale,
les dérives idéologiques d'un chercheur au départ
plutôt proche de "l'ultra-gauche". Il s'est d'abord
fait connaître par des travaux de sociologie et d'analyse
politique dénonçant l'apartheid en Afrique (Le
Pouvoir pâle ou le racisme sud-africain, 1969) ou livrant
des analyses percutantes sur le Sud-Est asiatique (Des Courtisans
aux partisans, 1971).
En 1979, lorsqu'éclate l'affaire Faurisson, il prend le
parti du négateur de l'existence des chambres à
gaz. Dès lors, il devient l'un des porte-parole les plus
actifs du négationnisme. Il persuade le linguiste américain
Noam Chomsky de signer une préface au Mémoire
contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire de Robert
Faurisson, publié par La Vieille Taupe. Il nie également
le génocide commis par le régime des Khmers rouges
dirigés par Pol Pot.
"OUTIL DE TRAVAIL"
L'avènement d'Internet lui ouvre un nouveau terrain de
propagande. Et c'est ce qui décide la direction du CNRS
à s'intéresser à ses agissements. Il lui
est reproché, notament, par le MRAP, "d'utiliser le
CNRS comme un outil de travail pour diffuser ses idées
racistes et négationnistes". Ses détracteurs,
qui ont réalisé un dossier détaillé
sur le sujet (www.amnistia.net), l'accusent en particulier d'alimenter
un site baptisé Aaargh (Association des anciens amateurs
de récits de guerre et d'holocauste). Après le récent
voyage au Proche-Orient de Lionel Jospin, on pouvait y lire une
diatribe contre "l'irrépressible besoin des socilaistes
de se mettre à plat ventre devant tout ce qui pourrait
avoir l'air juif". Serge Thion se défend de tout lien
avec ce site Internet. L'historien François Bédarida,
chargé par la direction du CNRS de la commission d'enquête
interne, assure pourtant disposer de "la preuve formelle
que les textes négationnistes signés de Serge Thion
sur Internet ont bien été déposés
par lui". Pour les instances du CNRS, la limite de la "liberté
de la recherche" paraît donc avoir été
franchie.
Catherine Bréchignac laisse à la justice le soin
de décider si les activités privées -- hors
du temps de travail -- de Serge Thion tombent sous le coup de
la loi. De son côté, l'instance d'évaluation
scientifique du CNRS, qui a examiné, au mois de mars, le
travail du chercheur, a conclu, à l'unanimité moins
une voix, à "une insuffisance professionnelle pour
les deux dernières années". Le CNRS envisage
donc de demander au nouveau ministre de la recherche, Roger-Gérard
Scharzenberg, qui a été saisi du dossier, une sanction
pouvant aller jusqu'à la révocation.
Pierre Le Hir
Contacter Serge Thion: cnrs at mail15.com
Pour décourager les censeurs et les suppresseurs, ce site a été placé, en 2000, sur le Net en trois endroits différents. En 2003, un seul site a survécu. Electric Apsara rouvre trois autres sites miroirs:
http://www.stvscnrs.greatnow.com
http://www.cogentinternet.com/cnrsisbad
http://aa.1asphost.com/cnrsisbadforyou
et celui qui a survécu aux bourrasques:
http://abbc.com/totus/cnrs/index.html
A compter d'avril 2003, la gestion et la maintenance des sites sont assurées par Electric Apsara Co., boulevard Monivong, Phnom Penh, Royaume du Cambodge.
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