Avec Didier dénonce, Patrick Besson publie son premier
"polar". C'est le portrait ironique d'un adolescent
qui passe son temps à ficher ses camarades de classe. Au
même moment, l'auteur de romans policiers Didier Daeninkx
s'en prend à Gilles Perrault dans un pamphlet, Le Goût
de la vérité (Verdier). Hasard ou volonté
délibérée? Patrick Besson s'en explique au
«Figaro littéraire».
LE FIGARO LITTÉRAIRE. -- Alors, vous entamez une
carrière d'auteur de romans policiers ?
PATRICK BESSON. -- Presque tous les romans sont des romans
d'amour et des romans policiers. il y a qui aime et qui tue qui.
L'amour est aveugle et aussi assassin. Quand on tue pour de l'argent,
c'est dans le but d'acheter l'amour de quelqu'un, ou de l'entretenir!
Un roman sans crime est presque aussi inimaginable qu'un roman
sans baiser. Ça vaut pour Dostoïevski comme pour Gide!
Il y a aussi l'enquête. Enquêter sur un assassin,
c'est enquêter sur un personnage. Donc, je n'entame pas
une carrière d'auteur de polar, je la continue. La nouveauté,
c'est l'éditeur: Gérard de Villiers!.
-- On vous a accusé de tous les maux. Notamment d'être
un intellectuel «rouge-brun». Vous réglez vos
comptes ?
J'ai été accusé de choses bien pires,
surtout par mes ex, et je tiens à dire que toutes ces accusations
sont vraies! Mais, comme disait mon maître, Hegel, si j'existe,
c'est que j'ai une raison d'exister.
-- Votre polar paraît en même temps que le pamphlet
de Didier Daeninkx contre Gilles Perrault. Hasard ou volonté
délibérée ?
-- C'est la première fois dans l'histoire de la
littérature -- de toutes les littératures de toutes
les époques et de tous les continents -- qu'on voit un
écrivain enquêter scrupuleusement, scientifiquement,
patiemment sur ses confrères, afin de découvrir
dans leur passé, dans leurs oeuvres, dans leur vie privée,
des fautes politiques amorales -- ou prétendues telles
--, qui seront ensuite, par ce même écrivain, dévoilées,
expliquées, commentées au public. Les délateurs
intellectuels sous Staline, sous Hitler ou sous Truman, étaient
obligés de faire ce qu'ils faisaient, sous peine de perdre
leur travail, leur célébrité, leur vie. Dans
le cas qui nous occupe, rien de tel. Le personnage que vous citez
se livre à une activité de délateur sans
que rien ne l'y oblige. Comment appeler ça? Je n'ai pas
encore trouvé le mot. Ça dépasse mon vocabulaire.
Quand je l'aurai trouvé, je le dirai, et bien sûr
l'écrirai ensuite.
-- Que vous inspire le livre de Didier Daeninckx?
-- Je suis désolé mais je ne peux pas lire
ça, ça me dégoûte trop, ça serait
comme manger le vomi du sénateur McCarthy trente-cinq
ans après sa mort. Je me suis contenté de lire,
non sans nausée, l'article -- d'ailleurs excellent -- de
David Dufresne dans Libération. On dirait d'ailleurs
que même la gauche en a plein le dos de Daeninckx. Assimiler
Perrault à l'abbé Pierre, c'est n'importe quoi!
Lui reprocher d'avoir écrit, dans les années 60,
dans Le Nouveau Candide, où écrivaient aussi
Verny, Charpy ou Alexandre, c'est stupide. Il ne faut plus écrire
dans L'Humanité, car Garaudy a sûrement écrit
dedans... à une époque! Reprocher à Perrault
de s'être fait ouvrir les dossiers de la Gestapo par une
agent des services secrets... C'est tout de même plus simple
que de se les faire ouvrir par une concierge portugaise! Ce que
je tiens enfin à dire sur Gilles Perrault, c'est qu'il
s'agit de l'un des plus grands journalistes et des meilleurs écrivains
français, et qu'il serait abject de la laisser, sans réagir,
traiter comme le traite Daeninckx.
-- A vous écouter, on, a l'impression que le maccarthysme
est de retour. N'allez-vous pas un peu trop loin ?
-- Je crois au contraire que nous assistons à la fin d'un
certain maccarthysme. Ce genre de méthode ne passe plus.
Les pétitions contre Daeninkx se multiplient, et il déclenche
dans l'intelligentsia un sentiment de haine qui sera bientôt
incontrôlable si on n'y prend pas garde. Ça me fait
un peu de peine. C'est un petit gars de la banlieue qui a essayé
de s'en sortir, comme moi. Il a un père prolo, comme moi!
Il est d'Aubervilliers, je suis de Montreuil. Je me sens quand
même proche de lui. Qu'il sache une chose: le jour, très
proche où tout le monde lui crachera dessus, il aura quelqu'un
pour le défendre, moi. En hommage à tout ce qui,
au-delà de la politique, nous rapproche, c'est-à-dire
l'enfance.
Didier dénonce, de Patrick Besson, Gérard
de Villiers, 59 F.
Propos recueillis par Sébastien Le Fol.
Le Figaro littéraire, 30 novembre 1997.
Contacter Serge Thion: cnrs at mail15.com
Pour décourager les censeurs et les suppresseurs, ce site a été placé, en 2000, sur le Net en trois endroits différents. En 2003, un seul site a survécu. Electric Apsara rouvre trois autres sites miroirs:
http://www.stvscnrs.greatnow.com
http://www.cogentinternet.com/cnrsisbad
http://aa.1asphost.com/cnrsisbadforyou
et celui qui a survécu aux bourrasques:
http://abbc.com/totus/cnrs/index.html
A compter d'avril 2003, la gestion et la maintenance des sites sont assurées par Electric Apsara Co., boulevard Monivong, Phnom Penh, Royaume du Cambodge.