Le Monde, vendredi 27 octobre 2000, en page 38.
L'une des principales figures des milieux
négationnistes français, Serge Thion, chargé
de recherche au CNRS, a été révoqué,
à compter du 1er novembre, par la directrice générale
de l'organisme, Geneviève Berger. Cette décision
exemplaire, datée du 4 octobre, précise que le chercheur
"a manqué à l'obligation de réserve
par la remise en cause de l'existence des crimes commis contre
l'humanité et a ainsi porté atteinte à la
dignité des fonctions qu'il occupe, à la considération
du corps auquel il appartient, ainsi qu'à la réputation
du CNRS".
Mme Berger, nommée le 30 août, n'aura pas tardé
à clore un dossier qui entachait depuis longtemps l'image
de l'établissement. Serge Thion, entré au CNRS au
début des années 70, était considéré,
ces derniers temps, par l'administration comme sans affectation.
Il était auparavant rattaché au Centre d'anthropologie
de la Chine du Sud et de la péninsule indochinoise (une
équipe du département des sciences de l'homme et
de la société installée à Paris et
officiellement en restructuration).
Dès son entrée au CNRS, il incarne les dérives
idéologiques d'une frange de l'ultra-gauche. Après
avoir livré des analyses percutantes sur l'apartheid en
Afrique ("Le Pouvoir pâle ou le racisme sud-africain",
Le Seuil, 1969) et sur le Sud-Est asiatique ("Des courtisans
aux partisans", Gallimard, 1971), il rejoint, en 1979, le
camp des défenseurs du négateur de l'existence des
chambres à gaz Robert Faurisson, regroupés autour
de la maison d'édition La Vieille mots Taupe.
Une commission d'enquête interne
Il met alors en avant, devant la justice, sa qualité de
chercheur au CNRS. Et il réussit un coup d'éclat,
en obtenant du linguiste américain Noam Chomsky une préface
au "Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent
de falsifier l'histoire", de Faurisson. Dans la foulée,
il prend la défense du régime de Pol Pot et soutient
que, "si les mots ont un sens, il n'y a certainement pas
eu de génocide au Cambodge". Dans les années
qui suivent, il publie encore de nombreux articles à caractère
négationniste, en particulier dans les "Annales d'histoire
révisionniste".
L'avènement d'Internet offrira alors au chercheur une tribune
privilégiée. Il lui est notamment reproché
- bien qu'il s'en défende - d'alimenter en textes antisémites
le site d'une Association des anciens amateurs de récits
de guerre et d'holocauste (Aaargh). Au mois de mai dernier, le
MRAP s'émeut, auprès du ministre de la recherche,
du "grave détournement que constitue l'utilisation
du matériel et de l'image de marque du CNRS à des
fins négationnistes".
La direction du CNRS prend alors l'affaire au sérieux.
Jugeant que les limites de la liberté de la recherche ont
été franchies, elle met en place une commission
d'enquête interne, présidée par l'historien
François Bédarida, dont les conclusions n'ont pas
été rendues publiques. Le 4 juillet, la commission
technique paritaire du CNRS, formée de représentants
de l'administration et du personnel, se prononce à l'unanimité
en faveur de la révocation du chercheur. Il ne restait
plus à la direction du CNRS qu'à entériner
ce vote.
Pierre Le Hir
Contacter Serge Thion: cnrs at mail15.com
Pour décourager les censeurs et les suppresseurs, ce site a été placé, en 2000, sur le Net en trois endroits différents. En 2003, un seul site a survécu. Electric Apsara rouvre trois autres sites miroirs:
http://www.stvscnrs.greatnow.com
http://www.cogentinternet.com/cnrsisbad
http://aa.1asphost.com/cnrsisbadforyou
et celui qui a survécu aux bourrasques:
http://abbc.com/totus/cnrs/index.html
A compter d'avril 2003, la gestion et la maintenance des sites sont assurées par Electric Apsara Co., boulevard Monivong, Phnom Penh, Royaume du Cambodge.
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