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"CNRS CONTRE SERGE THION"

CRÉÉ LE 19 OCTOBRE 2000

DERNIÈRE MISE À JOUR: 27 10 00

RAPPORT FINAL DE LA COMMISSION BÉDARIDA
19 JUIN 2000

 

Département des sciences de 1'Homme et de la Société

courrier reçu le
20 JUIN 2000


Paris, le 19 juin 2000

Cher Ami,

Conformément à notre échange téléphonique, je vous adresse ci-joint le texte du rapport de la Commission d'enquête sur le cas S. Thion (rapport + annexes).

Ce texte serait à reproduire en 20 exemplaires et à adresser à:

CNRS

Mme Catherine Bréchignac
Mme Marie-Claude Maurel
M. Bruno Péquignot
M. Georges Tate
M. Jean-François Sabouret
Service Juridique du CNRS

COMETS
Le Président M. Pierre Joliot, Professeur au Collège de France

M. Maurice Aymard, administrateur de la Maison des Sciences de l'Homme

Membres de la Commission
(cf Liste ci-joint)

François Bédarida (5 exemplaires)

Archives SHS (2 exemplaires)

D'avance, je vous en remercie et je vous dis, cher Ami, mes sentiments bien amicaux.


(signé)
François Bédarida




COMPOSITION DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE CNRS

Membres

1) Dominique BREILLAT
Professeur à l'Université de Poitiers
11 impasse Bel Air
86000 Poitiers
05 49 88 12 03

2) Jacques MAÎTRE
Directeur de recherche honoraire au CNRS
11 boulevard du Temple
75003 Paris
01 48 87 20 06

3) Evelyne SERVERIN
Direcetur de recherche au CNRS
IDHE/ENS Cachan
61 avenue du Président Wilson
94235 Cachan Cedex
01 47 40 68 50

4) Jean-Pierre VERNANT
Professeur honoraire au Collège de France
112 Grande Rue
92310 Sèvres
01 45 34 10 51

Observateur du COMETS

5) Isabelle de LAMBERTERiE
Directeur de recherche au CECOJI - CNRS
48, rue Gay Lussac
75005 Paris
01 43 25 19 99
Portable 06 60 51 32 00



COMMISSION D'ENQUETE CNRS SUR SERGE THION

CONCLUSIONS

12 juin 2000

La Commission interne du CNRS créée en mars 1999 et chargée par la Directrice Générale, Mme Catherine Bréchignac, d'étudier le cas du chercheur Serge Thion était composée de six membres : Jean-Pierre Vernant (philosophe et historien) Jacques Maître (sociologue), Dornimique Breillat, Evelyne Serverin et Isabelle de Lamberterie (tous trois juristes, la dernière étant déléguée comme observatrice par le COMETS - Comité d'Ethique pour les Sciences). Le sixième membre était le président, François Bédarida, historien. On trouvera en annexe la lettre de mission de la Direction Générale du CNRS, ainsi que la composition détaillée de la Commission.

La Commission a tenu six séances plénières. Elle a rendu deux rapports intermédiaires, le premier en juillet 1999, le second en décembre 1999.

Depuis qu'elle a été formée, la Commission s'est attachée à élucider le cas complexe de Serge Thion, chercheur au CNRS spécialiste de l'Asie du Sud-Est qui consacre le plus clair de son temps à diffuser sur Internet des thèses négationnistes.

Cette situation anormale avait amené deux sections du Comité national à attirer l'attention de la Direction générale du CNRS sur l'affaire. De son côté, le COMETS s'est préoccupé du problème à plusieurs reprises. La Commission, pour sa part, a d'emblée mesuré la responsabilité qui lui était confiée dans la mesure où l'institution même est engagée

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SERGE THION CHERCHEUR ET NÉGATIONNISTE

S. Thion a commencé sa carrière au CNRS en 1971, date à laquelle il a été recruté comme attaché de recherche. C'est en 1973 qu'il a choisi de prendre comme domaine de recherche l'Indochine et et [SIC] il s'est vite acquis sur le Cambodge et l'Asie du Sud-Est une réputation de chercheur sérieux et reconnu, avec des publications de qualité.

L'examen minutieux de son dossier depuis cette date (rapports d'activité, publications, évaluations du Comité national) a fait apparaître un curieux cloisonnement entre son travail de recherche et ses activités de propagandiste des thèses négationnistes (activité qui a commencé en 1979, lorsqu'a éclaté l'affaire Faurisson). Nulle part, dans aucun document du CNRS, il n'est fait allusion à cette "double vie. S.Thion y apparaissait comme un chercheur compétent, un bon expert, estimé au plan international. Tout le reste, c'est-à-dire sa position de chef de file n* 2 du négationnisme en France - après Robert Faurisson - était officiellement ignoré.

Néanmoins on doit noter deux changements. A partir de 1980 environ, le chercheur dans ses rapports au CNRS adopte un ton nouveau consistant à se mettre en avant et à faire valoir ses mérites en vantant son quotient intellectuel. On quitte le terrain de la science pour celui de la polémique. On le voit se complaire à donner des leçons à coup de jugements tranchants (par exemple contre «les spécialistes de l'intervention humanitaire d'urgence»). D'autre part, la "coexistence" chez S.Thion de la recherche et de sa propagande négationniste lui vaut en 1984 un avertissement sans détour de la présidente de la Commission de sociologie, Sabine Erbès-Seguin, qui lui écrit:

«Chacun a bien entendu le droit d'exprimer, en tant que personne privée, les opinions qu'il souhaite. Cependant, l'exercice de cette liberté pose, dans ce cas précis, des problèmes déontologiques. Le combat politique auquel vous adhérez vise en effet à ouvrir un débat estimé "scientifique". Or, la seule mention de votre appartenance au CNRS, lors de vos interventions dans ce débat, tend à créer une équivoque et à faire supposer que vous vous appuyez sur les résultats de recherches entreprises dans le cadre du CNRS pour défendre vos opinions, ce qui n'est nullefaent le cas. [ ... 1 Il est de ma responsabilité de vous demander très fermement de n'exprimer vos opinions qu'en votre seul nom personnel sans faire aucune mention de votre appartenance au CNRS, ce qui pourrait apparaître proche de la faute professionnelle. »

Du reste, depuis que S.Thion s'est lancé en 1979 dans la bataille du "révisionnisme" aux côtés de R.Faurisson et de la Vieille Taupe, son activité de zélote du négationnisme est de notoriété publique, non seulement par le canal de ses livres et publications diverses (qui tous ont bénéficié d'une large publicité), mais du fait que les principaux auteurs négationnistes - à commencer par Faurisson lui-même - se réfèrent constamment à lui et à sa qualité de chercheur au CNRS.

Le deuxième tournant dans l'activité de S.Thion est intervenu vers 1994, lorsqu'il a commencé à utiliser Internet «Un instrument d'échange informel qui prend une importance croissante», écrivait-il dans un rapport officiel au CNRS portant sur les années 1994-1997. Après avoir été hébergé sur un site californien, Thion a créé en 1996 son propre site : AAARGH (Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste), sur lequel il a publié un flot de textes négationnistes (quelque 20 000 pages), qui nient en particulier l'existence des chambres à gaz (http:/www.abbc.com/aargh). [SIC] Outre cette propagande aussi acharnée que répétitive, il a publié de 1993 à 1996 des brochures papier aux éditions "Le Temps Irréparable", projetées simultanément sur Intemet : La Gazette du Golfe el des Banlieues et Global Patelin. S.Thion a en outre diffusé des courriers électroniques négationnistes à partir de son abonnement Internet chez Club Internet. Ces courriers sont signés "Le Temps irréparable". L'adresse du "Temps irréparable" donnée dans tous ces textes est 1, Aubray, 91780 Chalô Saint Mars, c'est-à-dire l'adresse personnelle de S.Thion. On trouvera en annexe des exemples de cette prose.

Ce qui ressort d'analyses informatiques très fouillées, c'est que S.Thion est bien l'auteur des multiples textes négationnistes placés sous des intitulés divers sur le Web (pendant quelque temps il avait même utilisé l'adresse de la Maison des Sciences de l'Homme pour sa propagande). Il lui est donc impossible d'en récuser la paternité. D'ailleurs d'autres analyses, sémantiques celles-là, aboutiraient aux mêmes conclusions.

Donnée supplémentaire: en mars 1999 un document diffusé par S Thion sur son site, AAARGH, sous le titre "Les infortunes de la vie parisienne", a illustré les méthodes auxquelles il ne craint pas de recourir. Il s'agit d'une attaque personnelle, d'une rare bassesse, voire ordurière, et à connotation antisémite, contre une chercheuse du CNRS, Nadine Fresco, que l'auteur tente d'atteindre jusque dans sa vie privée.

En outre, un passage de ce document vise directement le CNRS, accusé d'être un organisme dépourvu de valeur scientifique et dont le recrutement s'opère par copinage.


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Devant ce document, habilement présenté sans dire que S.Thion en est l'auteur, mais diffusé sur son site Web, avec le même style et le même type d'argument que le reste de sa littérature négationniste, la Commission considère qu'il y a là une transgression d'une extrême gravité de la part d'un chercheur, d'unc part parce que c'est une atteinte inadmissible à l'honneur et à la vie privée d'une personne, d'autre part parce que dans ce texte un passage met en cause le CNRS lui-même, en violant impudemment le devoir de réserve d'un fonctionnaire de l'Etat.


PIÈGES À ÉVITER

La Commission s'est bien sûr interrogée sur les voies de recours à l'encontre de tels agissements d'un chercheur du CNRS.
Trois pièges sont immédiatement apparus :

a) 1'accusation. dc délit d'opinion. En effet, la règle première du CNRS est le principe de la liberté de la recherche, sans que prévale la moindre orthodoxie. Encore que l'on doive affirmer que l'on ne peut pas soutenir n'importe quoi. C'est un fait indiscutable qu'il existe des contre-vérités scientifiques (par exemple dans le cas qui est le nôtre : soutenir que Hitler n'a pas existé ou que le massacre d'Oradour n'a jamais eu lieu).

D'autre part, en ce qui concerne l'utilisation d'Internet, il convient de distinguer entre un moyen de communication non seulement légitime mais très précieux entre chercheurs en vue du progrès de la connaissance et une utilisation pour propagation de vues personnelles et propagande idéologique.

b) En ce qui concerne les négationnistes, on doit être très attentif à ce qu'ils ne s'attribuent pas la palme du martyre, car ce sont des milieux où on est prompt à crier à la persécution et à prétendre que les "historiens officiels", détenteurs d'une "vérité d'Etat", empêchent les esprits libres de s'exprimer.

c) Il faut aussi prendre garde au fait que les négationnistes sont férus de procédures judiciaires et qu'ils sont devenus des champions en ce domaine (encore

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récemment un tribunal a relaxé Faurisson en se fondant sur un manque de preuves quant à sa participation personnelle aux écrits mis en ligne (TGI de Paris, 13 novembre 1998).

Il convient donc de ne s'engager dans une action qu'à bon escient et avec toutes les garanties juridiques voulues.


INSUFFISANCE PROFESSIONNELLE

La Commission a observé un tarissement très marqué des publications de S.Thion depuis 1990. Certes l'argument doit être manié avec prudence, car chacun sait que les chercheurs improductifs au CNRS ne font pas défaut Mais en ce qui concerne l'intéressé, il est apparu clairement aux membres de la Commission que ses activités négationnistes en fait accaparent l'essentiel de de son activité de chercheur rémunéré par le CNRS. Ses sujets allégués de recherche (tel "les structures anthropologiques de l'imaginaire religieux : le devenir du mort et la reproduction sociale") paraissent spéculatifs et fumeux et ne donnent lieu à aucune trace écrite. D'autre part le rattachement de ce chercheur en 1995 au CACSPI (Centre d'Anthropologie de la Chine du Sud et de la Péninsule Indochinoise), sous la direction de M. Jacques Lemoine, n'a abouti à aucun résultat concret et ce laboratoire a été dissous en 1999.

C'est pourquoi la Commission a souhaité un examen rigoureux de l'activité professionnelle de ce chercheur par la section compétente du Comité national, à savoir la section 36.. En effet, depuis plusieurs années, son dossier fait état de publications soit déjà publiées soit sous presse sans que S.Thion ait été en mesure de produire la moindre preuve à l'appui. Faut-il conclure à la non-existence de ces publications et par conséquent à des affirmations frauduleuses, ce chercheur consacrant l'essentiel de son temps à ses activités négationnistes ? Déjà, à l'automne 1999, la section 36 avait constaté des carences notoires. Depuis lors notre Commission a insisté auprès de la section 36 et a demandé au président de faire la lumière là- dessus dès que possible.

Le rapport détaillé établi par le président, Bernard Durand, à la session de mars 2000, sur l'activité professionnelle de S.Thion est accablant pour ce chercheur. Après avoir noté que les publications «que l'on peut retenir comme scientifiques sont essentiellement constituées d'interventions dans des colloques qui tardent à être publiés

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(pour certains depuis 1993)», le rapporteur ajoute - «Bien des développements attestent d'une pensée plus polémique qu'argumentée et qui procède par affirmations péremptoires dans des domaines plus idéologiques que proprement scientifiques». En conclusion, il écrit : «Bref, M.Thion, quoi qu'il en pense, n'a pas écrit - encore moins publié - comme devrait le faire un chercheur, encore moins comme un chercheur à temps plein-, et moins encore comme devrait le faire un chercheur de son ancienneté».

LA LIBERTÊ D'EXPRESSION DU CHERCHEUR, SON EXERCICE ET SES LIMITES

La liberté de la recherche suppose la liberté d'expression du chercheur, mais cette liberté trouve certaines limites, même si dans le domaine scientifique elle est plus large que celle des agents publics intervenant dans d'autres domaines d'activité. L'obligation de réserve du chercheur a beau être moins stricte, elle n'en existe pas moins. Ainsi le chercheur ne saurait au nom de la libre critique, jeter le discrédit sur l'institution à laquelle il appartient ni de manière grave sur ses collègue. La libre critique n'a jamais permis la diffamation ni l'atteinte à l'honneur. En outre le chercheur ne saurait enfreindre la loi, même au nom de la recherche : les textes qui constituent une «contestation des crimes contre l'humanité» au sens de la loi Gayssot ne sauraient être diffusés.

Ajoutons que les disciplines des sciences de l'homme comportent, comme les autres disciplines scientifiques, des règles techniques, et que si un chercheur agit sans considération des règles du métier, il se disqualifie (cas des faussaires, plagiaires, etc.). En d'autres termes, non seulement il y a objectivement des affirmations qui traduisent l'incompétence de leur auteur, mais toute méthodologie anti-scientifique est à condamner.

D'autre part, le parti pris est incompatible avec la démarche scientifique. A partir du moment où un auteur prend pour point de départ une affirmation erronée, l'interprétation est viciée et les affirmations de cet auteur doivent être rejetées en raison même de leur invalidité scientifique.

Quand on s'interroge sur l'éthique des sciences humaines, on constate qu'il existe une corrélation entre les règles scientifiques professionnelles et l'usage social qui en est fait. Quelle que soit la discipline, du droit à l'ethnologie, de l'histoire à la sociologie, tout travail scientifique a un impact social sous forme de répercussions sur la


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société globale, ce qui entraîne la responsabilité du chercheur. Celui-ci a-t-il le droit de propager des thèses objectivement erronées ? Il est évident que sur ce terrain on rencontrera beaucoup d'objections (comme c'est le cas aujourdhui aux Etats-Unis avec le problème des thèses créationnistes).

Sur le plan juridique, il est vrai que l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur précise : «Les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d'une pleine indépendance et d'une entière liberté d'expression dans l'exercice de leurs fonctions d'enseignement et de leurs activités de recherche». Mais l'article ajoute aussitôt «sous les réserves que leur imposent conformément aux traditions universitaires et aux dispositions de la présente loi. les principes de tolérance et d'objectivité».

En matière de négationnisme, on peut se référer à une jurisprudence du Conseil d'Etat, Section du Contentieux, arrêt du 28 septembre 1998, dit "arrêt Notin". Le Conseil a déclaré que les textes de cet enseignant-chercheur de Lyon contribuaient à la campagne négationniste «en s'appuyant sur des arguments non-scientifiques, en écartant au contraire tous les travaux historiques, et en mettant en cause la rigueur des témoins et survivants des chambres à gaz, ainsi que celle des historiens» et en soutenant avec véhémence des thèses «connotées d'antisémitisme et de racisme».

D'autre part, dans ses conclusions à la séance du Conseil d'Etat du 7 septembre 1998 concernant l'affaire Notin, la Commissaire du Gouvernement, Madame Roui, a déclaré que «des doutes sérieux sur la valeur scientifique» pèseraient sur un chercheur «proférant des thèses contraires à la légalité républicaine et incompatibles avec un minimum de rigueur intellectuelle».

Ainsi le Conseil d'Etat a déjà condamné juridiquement la pratique du négationnisme, considéré à la fois comme faute disciplinaire et comme incompatible avec l'esprit scientifique, dans une affaire concernant le Ministère de l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie. Cet "arrêt Notin" est évidemment transposable aux chercheurs - et par conséquent au cas de Serge Thion -, puisqu'il repose sur l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 dont les dispositions visent les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs.

De son côté, le COMETS a émis des recommandations concernant «la responsabilité sociale du chercheur». Mentionnant l'existence de pratiques condamnables

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(falsifications, plagiats, etc.), il relève qu'outre l'éthique personnelle, professionnelle et scientifique, il existe . «des règles professionnelles proprement juridiques» (Cahiers du COMETS, n* 1, 1995, p. 15).

Le but de la loi Gayssot est précisément de permettre de réprimer les auteurs de propos à caractère raciste ou antisémite. En l'espèce, les infractions susceptibles d"être poursuivies sont la contestation de crimes contre 1'humanité (art. 24 bis) ou la diffamation raciste (art. 32).

Une restriction pesait jusqu'ici sur l'application de cette loi en raison du fait qu'elle était insérée dans la loi 29 juillet 1881 sur la presse. Par conséquent le délai de trois mois de la prescription courait à partir du premier jour de la mise à la disposition du public de l'article litigieux. La jurisprudence a récemment modifié sa position (CA de Paris, 15 décembre 1999). Désormais le délai de prescription court de nouveau pour trois mois chaque jour que l'écrit litigieux est maintenu à la disposition du public.

Cependant, il est nécessaire d'apporter la preuve de l'infraction. Par exemple on peut faire constater par huissier la diffusion au publie par le biais du site Web des écrits négationnistes et/ou diffamatoire. Mais il faut en même temps prouver l'identité de l'auteur.

De plus, seules certaines associations sont habilitées à introduire une action en justice en invoquant la loi Gayssot : par exemple la FNDIRP, l'UNADIF, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, (mais non la LICRA), la Ligue des Droits de l'Homme.


RÉFLEXIONS FINALES

Pour finir, la Commission adresse à la Direction du CNRS une question qui dépasse de loin le cas Thion : un chercheur du CNRS a-t-il le droit de se prévaloir de son appartenance au CNRS pour intervenir dans un domaine étranger à ses compétences scientifiques ?

En tout cas, ce qui est sûr, c'est que dans l'ensemble de l'activité publique de S.Thion.depuis vingt ans, l'appartenance de celui-ci au CNRS est constamment mise en avant. Même lorsqu'il ne s'en réclame pas ouvertement lui-même, d'autres responsables

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négationnistes le font pour lui, de sorte que son autorité. en matière de négationnisme est directemeni liée à sa qualité de chercheur CNRS.

Il s'ensuit que Serge Thion engage gravement et délibérément la responsabilité de l'établissement, ce qui nuit indiscutablement au CNRS et pose la question de l'atteinte à la réputation de l'employeur.

Le COMETS, pour sa part, n'a pas laissé de se préoccuper de ce probième d'ensemble sous deux angles. D'abord, en soulignant que «de nombreux aspects de l'utilisation d'Internet paraissent relever de la déontologie ou de la loi (mise à disposition d'informations incomplètes, falsifications, indiscrétions... )», ce qui entraîne «la responsabilité accrue du chercheur et de l'organisme devant un tel moyen de communication difficile à contrôler» (Cahiers du COMETS, n* 2-3, 1997, p..20). En second lieu, « dans ses contacts avec l'extérieur, le chercheur ne doit pas oublier qu'en plus de lui-même il représente aussi son laboratoire et son organisme de tutelle». (ibid.).

Dans ces conditions l'éventualité tant d'une procédure disciplinaire que d'une procédure pénale à l'encontre de S.Thion est à envisager très sérieusement.

La Commission souhaite que le CNRS montre sa résolution dans cette affaire dont la portée n'échappe à personne et qui a déjà jeté un certain trouble dans l'établissement et au dehors.


Le Président de la Commission

François BÉDARIDA




Note sur les annexes

On trouvera en annexe six documents. D'une part deux documents administratifs du CNRS


la lettre de mission de Madame Catherine Bréchignac, directeur général du CNRS.
la composition de la Commission d'enquête

D'autre part, j'ai jugé utile de joindre au rapport de la Comission trois exemplaires des textes projetés sur Internet par S. Thion.. Ces documents - choisis entre des dizaines et des dizaines d'autres - donneront à la direction du CNRS une idée du contenu et du style des "travaux" de ce chercheur. Deux de ces textes sont reproduits in extenso, le troisième « The world as a Magical Gas Chamber » est si répétitif que ne figurent ici que les premières pages (pp. 1 à 5) et la bibliograpie (bibliographie des productions récentes de S. Thion pp. 17 et 18).

Enfin, on pourra vérifier par l'annexe 6 la proximité entre Le Temps irréparable, S. Thion et son domicile.

Liste des Annexes



1) Lettre de mission de Mme Catherine Bréchignac, directrice générale du CNRS

2) Composition de la Commission

3) Article de S. Thion « Histoire de la Nuit ou du Brouillard ? »

4) Article de S. Thion - Lettre ouverte à M. le Premier Ministre du RoyaumeUni »

5) Article de S. Thion « The World as a Magical Gas Chamber »

6) Le Temps irréparable


1

CENTRE NATIONAL
DE LA RECHERCHE
SCIENTIQUE

Le Directeur Général
Paris, le
2 6 F É V 1999

Cher Collègue,

Conformément à la demande du COMETS réuni le 18 novembre 1998, j'ai décidé de mettre en place une commission d'enquête destinée à instruire le dossier relatif aux actions imputées à Monsieur Serge THION, chargé de recherches au sein de l'ERS no 1722 - Centre d'anthropologie de la Chine du sud et de la péninsule indochinoise: gestion d'un site Internet dénommé « AAARGH » diffusant des thèses négationnistes. La commission sera composée de personnalités scientifiques choisies pour l'éminence de leurs qualités professionnelles et morales.

Dans ce cadre, je vous prie de bien vouloir accepter la présidence de cette commission dont les conclusions devront être présentées au COMETS en fin d'année 1999.

Vous trouverez ci-joint pour votre information, les motions des sections 15 et 36 du Comité national dont les bureaux sont à votre disposition pour tous éléments complémentaires, ainsi que la liste des personnalités pressenties pour étudier ce dossier délicat sous votre présidence. Il vous appartient bien évidemment de prendre contact avec chacun d'eux.

La Direction du Département des Sciences de l'Homme et de la Société est prête à vous apporter toute l'aide nécessaire à l'accomplissement d'une mission dont je ne méconnais ni les difficultés ni le caractère sensible pour l'ensemble de la communauté.

En vous remerciant de votre contribution, je vous prie d'agréer, Cher Collègue, l'expression de ma haute considération.

(signé)
Catherine BRÉCHIGNAC

Monsieur François BEDARIDA
CNRS ENS Cachan
Institut d'histoire du temps présent
Bâtiment Laplace
61, avenue du Président Wilson
94235 CACHAN CDEX

3 rue Michel-Ange, 75794 - Paris cedex 16 - Tél 44 96 40 00 - Telex 641 821 Télécopie (1) 44 96 50 00


Annexe n* 2

COMPOSITION DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE CNRS

Président

François BÉDARIDA
Directeur de recherche émérite au CNRS
Institut d'histoire du temps présent (CNRS)
Secrétaire général du Comité international des Sciences Historiques (CISH)

Membres

1) Dominique BREILLAT
Professeur à l'Université de Poitiers
Centre d'études sur la coopération juridique international (CECOJI)
86360 Chasseneuil du Poitou - Futuroscope

2) Jacques MAÎTRE
Directeur de recherche honoraire au CNRS
Paris

3)Evelyne SERVERIN
Directeur de recherche au CNRS
IDHE/ENS Cachan

4) Jean-Pierre VERNANT
Professeur honoraire au Collège de France
URA 884 / Centre de recherches comparées sur les sociétés anciennes / EHESS
Médaille d'or du CNRS

Observateur du COMETS

5) Isabelle de LANBERTERIE
Directeur de recherche au CECOJI - CNRS
Centre d'études sur la coopération juridique internationale
94000 Ivry


Annexe 3

1



[Sur le livre de Jean-Claude Pressac, Les Crématoires d'Auschwitz, CNRS Editions, 1993].

Histoire de la nuit ou du brouillard ?

"Historien de la nuit" nous dit Le Monde, en présentant les travaux d'un "amateur", pharmacien le jour. L'un des plus constants reproches adressés il y a une douzaine d'années aux révisionnistes, celui d'être des "historiens amateurs" est soudainement présenté comme une qualité qui garantirait la valeur de la thèse ainsi promue par la presse. C'est la réponse définitive aux révisionnistes. Je n'aurai pas la cruauté de rappeler qu'elle s'inscrit dans une longue liste de "réponses définitives" qui ont joué sur divers registres, depuis les grands procès des années 1980-82, en passant par le livre d'un grand témoin ("Trois ans dans les chambres à gaz"l) ou la magistrale oeuvre cinématographique de l'excellent Lanzmann.

Pressac lui-même a déjà été présenté à plusieurs reprises comme l'ultime pourfendeur, celui par qui l'herbe ne repousserait plus sous les pieds de Faurissson. Il était apparu à la Sorbome, lors d'un colloque de 1983 (qui devait déjà régler la question) sous le haut patronage de la Haute Conscience monde de notre temps, j'ai nommé le doctissime chevalier blanc Vidal-Naquet. Comme il s'agissait de problèmes techniques et matériels, auxquels le prodigieux helléniste ne comprend pas grand chose, il avait refilé Pressac à un autre destructeur définitif du révisionnisme, un chimiste très méconnu nommé Wellers qui avait publié un article de Pressac, après moult hésitations, dans les pages d'une sainte et irréfutable revue, nommée Le Monde juif (juillet-septembre 1982). Cest là que Pressac allait développer la théorie dite du "gazouillage", qui abandonnait la présentation canonique jusque là en vigueur, pour dire que des gazages, certes, il y en avait eu, mais moins qu'on ne l'avait dit et qu'il fallait tout réviser à la baisse. L'effet Pressac ne s'était guère fait sentir. Il fallait d'autres moyens. C'est ce qu'allait fournir le consortium médiatique de la famille Klarsfeld. Pressac pondit un texte définitif. Dans ses recherches aux archives, il n'avait certes pas trouvé de preuve définitive du fait que les nazis avaient installé une industrie de la mort à Auschwitz, mais il avait trouvé un certain nombre de traces, d'éléments de présomption, comme on dirait devant un tribunal. L'ouvrage comportait des centaines de plans, de photos, de documents provenant des services techniques d'Auschwitz, placés, comme on le sait, sous l'administration des SS. Pour rendre cet énorme paquet mal ficelé plus convaincant, les Klarsfeld organisèrent la non-diffusion de l'objet. Traduit en anglais, édité à New York, il n'était pas vendu, ni même distribué à qui en faisait la demande. Offerts à quelques "responsables communautaires" et "leaders d'opinion", il devait accréditer, par son existence impalpable et quasi mythique, l'idée que la Réponse existait, quelle avait été fournie une fois pour toutes.

2

Les révisionnistes n'eurent aucun mal à se procurer cette prose que manifestement ni Vidal.-Naquet ni Klarsfeld n'avaient lu de près. Sinon ils y auraient relevé un certain nombre d'étrangetés et d'incohérences qui leur aurait fait douter d'avoir enfourché le bon cheval.

On fit encore donner Pressac contre le rapport Leuchter, ce rapport d'un spécialiste américain de la construction des chambres à gaz qui, après avoir étudié les lieux et effectué des prélèvements dans les parois des locaux présentés comme des chambres à gaz, avait conclu à fimpossibilité de gazages massifs et répétés.

C'est donc pour la quatrième fois que nous allons avoir l'argument définitif. Cet fois-ci, Pressac a encore changé de patronage et se situe cette fois sous l'aile protectrice de Bédarida, un historien officiel, longtemps directeur d'un certain "Institut du Temps Présent" qui s'était signalé par sa participation à un "jury", où siégeait son éminent confrère Harlem Désir, qui avait décrété, sans la lire, que la thèse de Roques ne valait pas un pet de lapin. Du haut de ce magistère, Bédarida, dont les travaux ne sont pas autrement connus, avait aussi rédigé un petit catéchisme qui, distribué à tous les professeurs d'histoire de France et de Navarre leur avait fourni la matière de ce qu'il convenait d'enfourner dans les petites têtes des élèves des écoles. Devenu ainsi familier des gros tirages, l'héroique Bédanda était venu, au cours de l'été 1992, dans les colonnes du Monde, réviser à la baisse les chiffres d'Auschwitz, sans penser d'ailleurs qu'il aurait fallu expliquer pourquoi ces chiffres étaient ainsi révisés, et affirmer que non pas 4, mais 1,1 million de personnes avaient péri à Auschwitz. Et ajoutait Bédarida, toujours soucieux, on n'a pas encore été voir aux archives. Il n'expliquait d'ailleurs pas non plus pourquoi depuis 45 ans on n'avait pas été voir aux archives. C'est alors que Pressac dérida Bédarida.

Voilà donc ce phare de la pensée historique qui cautionne aujourd'hui Pressac, avec quelques autres chats-fourrés de son espèce. La caution n'est pas négligeable puisque l'ouvrage est publié par le Centre National de la Recherche Scientifique. Pour obtenir ce label de prestige, il a fallu qu'une commission ad hoc soit saisie d'un rapport scientifique, rédigé par des spécialistes. On aimerait beaucoup lire ce rapport.


Que dit le livre de Pressac? Il apporte la preuve formelle que les Allemands ont construit des fours crématoires. Bien évidemment, il n'y a que des journalistes pour croire, ou affecter de croire que les révisionnistes nient l'existence des fours crématoires ou des camps de concentration. Ces crématoires sont connus et répertoriés depuis 1945. La question était de savoir s'ils dissimulaient des installations secrètes pour pratiquer l'homicide de masse. Pressac, qui a donc épluché les dizaines de milliers de documents laissés par le service de construction du camp d'Auschwitz, est absolument affirmatif sur le fait que ces installations, telles qu'elles ont été conçues au départ ne témoignaient d'aucune intention homicide et qu'il s'agissait de faire face aux problèmes sanitaires d'une mortalité assez élevé dans les camps, surtout après le début de la guerre, problèmes liés aux explosions épidémiques qui pouvaient faire des ravages, non seulement chez les concentrationnaires, mais aussi chez les Allemands, ou même déborder des camps. Dans ce contexte, les crématoires n'avaient pas de valeur philosophique mais contribuaient à la santé publique, des détenus comme des autres.

En examinant dans le détail les échanges de correspondance entre les services de la construction d'Auschwitz et les firmes civiles qui recevaient des contrats pour des travaux spécifiques, Pressac est ainsi à même de nous fournir une histoire détaillée (et ajoutons-le, totalement fastidieuse) des différentes phases des travaux de construction des différents crématoires, y compris les multiples changements d'avis des patrons SS du service de construction, qui n'avaient évidemment aucune espèce de vue à long terme et qui dépendaient

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étroitement de supérieurs qui formulaient de grands projets pour Auschwitz sans trop se soucier des problèmes d'intendance que ces pauvres diables de sous-officiers devaient résoudre sur le terrain. Dans ces milliers de documents, où rien n'est secret, où n'interfèrent presque pas les "politiques" de la SS, qui sont répartis entre l'Allemagne, la Pologne et Moscou, documents qui ont été laissé intacts à la fin de la guerre, le chef du service ayant "négligé" de les détruire, on ne trouve pas un seul document qui fasse état de l'utilisation de ces locaux à des fins de meurtre de masse. Rien. Pressac n'offre aucune explication de ce fait étrange. Certes, après d'autres, il affirme que la référence, que l'on trouve dans quelques documents à des "actions spéciales" désigneraient de façon codée l'existence de cet énorme forfait Mais les documents lui imposent aussi de dire que d'autres "actions spéciales" désignent de tout autres activités, fort banales, et que le terme "spécial" (sonder--) est mis à toutes les sauces dans le vocabulaire militaro- administratif de l'Allemagne de cette époque.

La grande valeur du travail de Pressac serait donc dans l'épluchage quasi exhaustif des documents concernant la construction des crématoires, le lieu et l'instrument présumé du crime. Comme dans ses ouvrages précédents, il relève des "traces" d'intentions criminelles. Il en a dailleurs beaucoup abandonné en chemin. Ce quïl présentait comme des "traces" en 1989, n'apparaît plus dans le livre de 1993. Il note par exemple que les SS ont voulu faire installer des systèmes d'aération et de ventilation dans les morgues souterraines des crématoires, ce qui prouverait l'intention de les utiliser à des fins criminelles. Pressac en est si convaincu qu'il n'envisage même pas d'autres explications, qui se proposeraient à des esprits moins prévenus, comme, par exemple, le besoin, en cas d'épidémie de typhus, de désinfester les morgues par le Zyklon-B, utilisé partout dans le camps pour désinfester les vêtements, les baraques, etc. Il croit tenir une autre trace de crime dans le fait qu'on aurait, dans ce système de ventilation, installé un ventilateur en bois, donc plus résistant à la corrosion de l'acide cyanhydrique qu'un objet en métal. Et puis, quelques jours plus tard, l'ingénieur fait remplacer ce ventilateur en bois par un autre, en métal. Il affirme aussi que "la preuve définitive" de l'existence d'une chambre à gaz homicide dans le crématoire II se trouve dans un document de mars 1943, cité p. 72 (doc. 28), qui montre que les services d'Auschwitz étaient à la recherche de détecteurs de gaz capables de déceler les traces d'acide prussique. Mais comme il a expliqué auparavant que ces services utilisaient des "tonnes" de Zyklon-B à des fins de désinfestation, la preuve n'apparaît pas comme particulièrement probante.

80.000 documents. Cest le nombre qu'il cite dans son entretien avec le Nouvel Observateur. Ces 80.000 documents, consultés en quelques jours à Moscou, concernent, si j'ai bien compris, exclusivement, la Bauleitung, le service des constructions de la SS d'Auschwitz. Une service parmi beaucoup d'autres, donc. Mais celui qui aurait eu la responsabilité de concevoir et de construire les fameux "abattoirs industriels" dont on nous a beaucoup parlé. On pourrait s'étonner de voir des installations pareilles confiées aux mêmes petits fonctionnaires qui s'occupent des baraquements, des boulangeries, des voiries, etc. Aucun secret, aucune précaution particulière puisque ces petits fonctionnaires n'hésitent pas à sous-traiter avec des firmes privées, desquelles on ne demande d'ailleurs aucune discrétion particulière. Cela s'explique, comme le montre abondamment Pressac, par le fait que ces installations n'ont pas été conçues dans un but meurtrier, niais, tout au contraire, comme des moyens de contrôler la santé publique localement.

La situation est très claire: de ces 80.000 documents, dont une partie seulement concerne les crématoires, pas un seul ne concerne explicitement une installation meurtrière. Sinon, ce document aurait été brandi depuis longtemps. Jusqu'à Pressac, on pouvait se dire qu'il y avait

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des archives cachées, ou inaccessibles, susceptibles de receler un tel document. Mais Pressac nous dit que ces archives (concernant la Bauleitung d'Auschwitz uniquement) sont maintenant complètes et que le patron de ce service, ne croyant apparemment pas qu'elles recelaient des choses explosives, a négligé de les détruire à la fin de la guerre. Bref, il faut bien en convenir, dans la masse documentaire qui devait éclairer toute raffaire, il n'y a que quelques pièces qui donnent lieu à présomption. Là où logiquement on aurait dù trouver 1000 ou 10.000 documents (puisqu'il il n'y avait ni codage, ni destruction, que tout se faisait par ordre), on ne tient que quelques éléments mineurs, dont l'interprétation reste ouverte, qui pourraient témoigner à charge si l'on possédait un contexte qui en ferait ressortir le sens de manière univoque, ou qui peuvent appeler d'autres interprétations qu'un historien normal discuterait avant, le cas échéant, de les écarter. Ce n'est pas le cas de Pressac qui n'ose pas faire état de la possibilité de les interpréter autrement. Car s'il abandonnait ce qu'il affirme être des "débuts de preuves" (et par exemple. à France-Inter, il ne proteste que mollement quand le journaliste qui refuse de l'embarrasser, traite ses "débuts de preuves" comme des preuves bien établies) Pressac serait bien obligé de dire que tout son travail da servi à rien. Qu'il a démontré avec rigueur que des fonctionnaires et des ingénieurs ont conçu et planifié, de manière plutôt désordonnée, des installations crématoires, qui n'ont d'ailleurs pas brillé par leur efficacité. Point. Ce que personne n'a évidemment jamais mis en doute. Qu'il. a donc passé dix ans de sa vie à enfoncer une porte ouverte, porte dont il a décrit minutieusement le plan, la conception et les étapes de la réalisation. Or le véritable intérêt est justement qu'il n'a rien trouvé d'autre de manifeste, malgré une recherche qui serait, à ce niveau-là, exhaustive.


Car que fait Pressac pour sauver in extremis la thèse officielle? Il injecte. Le texte essentiel, celui qui est le produit de son travail, est la chronique de la construction des crématoires. Là, il y a des références aux archives. Les notes l'indiquent: elle se suivent, avec des indications abrégées de sources dont il nous donne la clé, p.viii: ACM, ARO, AEK, etc. or si l'on reprend les notes, p. 97-109, en négligeant les rares références bibliographiques ou les renseignements factuels ("Pohl était "Oberzahlmeister"..."), les séries de renvois à des documents d'archives s'interrompent par des références au Kalendarium ou à Hoess. Si l'on se reporte au texte, on voit qu'il s'agit des passages concernant les gazages. Ainsi, p. 34, il lâche ses archives pour parler du "premier gazage" et dans le même paragraphe, il parle de la crémation, "en une ou deux semaines de travail intensif' de 550 ou 850 corps, amenant la détérioration d'un four. Il n'existe évidemment aucun lien nécessaire entre le premier fait, adapté du Kalendarium et de Hoess, et le second, tiré des archives, sinon une supposition donnée ici malhonnêtement comme un fait Ensuite, le rigoureux scientifique affirme qu'"on estime aujourd'hui que très peu de gazages homicides eurent lieu dans ce crématoire, mais qu'ils furent amplifiés parce qu'ils impressionnèrent les témoins directs ou indirects". Certes, Pressac écrit comme un cochon. Mais qu'est-ce qu'un "témoin indirecf'? Qu'est-ce que "amplifier" un gazage? Je crois qu'on a là besoin d'un décryptage en règle. Je suppose que cette phrase emberlificotée veut dire à peu près ceci: certes, on a beaucoup parlé des gazages dans le Kréma I, celui du premier camp d'Auschwitz. comme le début du génocide. Seulement, comme il y avait trop d'invraisemblances et d'inventions pointées par les révisionnistes, je décide, moi, Pressac, ("on estime actuellement") de lâcher du terrain ("on a amplifié"), en donnant comme explication aux invraisemblances que les témoins ont été "impressionnés", même ceux qui n'étaient pas là et sont malgré tout considérés comme des témoins mais "indirects". Aucune source, aucun document qui justifierait cette reculade. Pressac se rend bien compte que le récit canonique ne tient pas, mais pour le sauver il faut faire des concessions, sans pouvoir les justifier non plus. "On estime...", passez muscade. La suite est de la même eau. "Comme - dit Pressac (p. 35) - un gazage imposait d'isoler totalement la zone du crématoire [aucun témoin n'a jamais dit ça, mais ceci résulte des critiques révisionnistes], et qu' il était impraticable lorsque des

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travaux étaient en cours [idem], il sera décidé fin avril de transférer ce genre d'actvité à Birkenau". Décision dont on ignore qui l'a prise puisque c'est une pure invention de Pressac, pour retomber sur ses pieds et se remettre dans le cours de l'histoire officielle.

L'amusant paradoxe de tout ceci est que l'histoire officielle que respecte Pressac est uniquement celle des gazages. Pour le reste, il piétine les dogmes allégrement La fameuse "Conférence de Wannsee", dont une pléiade d'auteurs acharnés font le lieu et le moment de la décision de l'extermination, est balayée en six lignes (toujours p. 35). Pressac fait comme les révisionnistes: il lit le texte, qui parle d'évacuer les juifs vers l'Est et nullement de liquidation industrielle. Il confirme par le fait qu'aucune instruction particulière n'est arrivée à la Bauleitung à la suite de cette conférence de haut niveau. Le brouillard qui entoure la décision du génocide s'épaissit d'autant J'aimerais voir la tête de certains soi-disant spécialistes en train de lire ces six lignes!

On arrive, p. 39, aux fermettes de Birkenau qui auraient été ensuite les lieux de l'extermination. Là, on a un nouveau passage injecté dans le récit fondé sur les archives, passage dont la source est le Kalendarium. Je passe sur la p. 41 où Himmler informe Hoess "du choix de son camp comme centre d'anéantissement massif des juifs". Pressac nous dit lui-même que le récit de Hoess contient des invraisemblances énormes et qu'il n'est pas fiable du tout (note 132). C'est une branche pourrie, mais c'est la seule à laquelle puisse s'accrocher Pressac dans un domaine où il n'a fait aucune recherche, celui de la politique. Les archives existent mais comme elles ne sont pas techniques, Pressac n'y touche pas. C'est le blot des historiens et ça dépasse notre pharmacien. En même temps, il faut bien que l'activité vastement homicide de ces petits fonctionnaires ait été décidée. Va pour Himmler, et va pour le récit de Hoess puisque la bise étant venue, Pressac se trouve fort dépourvu.

Lorsqu'il mentionne le travail du Sonderkommando, "retirer les morts des chambres à gaz" (p.43), la source (note 141) est à nouveau le Kalendarium. Troisième injection.

Ensuite, p. 47, Pressac dit que de grosses quantités de Zyklon-B ont été jugées nécessaires pour lutter contre l'épidémie de typhus qui faisait rage dans le camp, qu'elles ont été demandées en haut lieu au titre d'une "action spéciale" qui consiste manifestement à désinfester des bâtiments (un SS a même été intoxiqué, voir page précédente) et, plus bas, dans la même page, que les fonctionnaires de la Bauleitung ont envisagé la construction d'un nouveau crématoire "en raison de la situation créée par les "actions spéciales"", ce qui désigne manifestement les mesures prises pour essayer d'enrayer l'épidémie. Comment il peut tirer de cette indication une prétendue confirmation qu'Auschwitz aurait été choisi "comme site d'anéantissement massif des Juifs", est un mystère intellectuel profond. Voilà une administration qui se démène pour enrayer une épidémie qui aurait fait 20 000 morts (chiffre donné par Pressac au Nouvel Observateur, p. 94), qui sait que le camp va sans doute connaître une nouvelle extension-- pour recevoir des dizaines de milliers de déportés de l'Est considérés comme particulièrement "pouilleux--, et qui essaie de se doter des armes pour lutter:. des tonnes de Zyklon-B et des crématoires. (Rappelons qu'à Bergen-Belsen, les Anglais ont été incapable de juguler l'épidémie qui sévissait à leur arrivée). Et Pressac y va alors de sa petite supposition personnelle, qui n'a de sens que s'il cherche à se conformer à un modèle explicatif qui lui est donné d'avance: "Cette installation d'incinération stupéfiante [mais pourtant en rapport étroit avec la situation] ne pouvait qu'être remarquée par les fonctionnaires SS de Berlin [évidemment, puisqu'ils autorisaient les dépenses] et associée ultérieurement par eux à la "solution finale" du problème juif" (p. 47) Affirmation qui ne repose sur aucune documentation tirée de ces fameuses archives.

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Toujours désireux de protéger sa ligne de flottaison, Pressac croit que le thème de ces "actions spéciales" (qui recouvre tout et n'importe quoi dans le jargon militaro-administratif de l'époque) a été utilisé pour obtenir de Berlin l'autorisation de construire le crématoire iii qu'il détermine, lui, à "vocation sanitaire". En utilisant le terme, les rusés SS d'Auschwitz auraient fait croire à Berlin que leurs besoins de crématoires étaient liés à l'extermination des juifs, alors qu'il se serait agi des besoins normaux du camp. Ce n'est pas Saint-Cyr mais Saumur qu'aurait dû faire Pressac car il a manifestement des dispositions pour la haute voltige.

Je n'insisterai pas non plus sur les incinérations à l'air libre qui donnent l'occasion à Pressac de critiquer sévèrement le récit de Hoess (p. 58), sinon pour dire qu'il invente le chiffre de 50 000 cadavres, brûlés en 2 mois, fondé sur le calcul des "juifs tués" pendant l'été, dont il ne peut guère tirer l'indication que du Kalendarium qu'il ne cite pas ici. Il ne se penche d'ailleurs pas sur les 100.000 stères de bois (au moins) qui auraient été nécessaires et qui auraient bien dû laisser quelques traces dans les archives. On sait que Pressac a abordé la question d'Auschwitz parce qu'il voulait écrire un roman et y situer quelques scènes. On sait aussi que ce prurit romanesque autour d'Auschwitz en a démangé plus d'un. Cette vocation de romancier remonte de temps à temps à la surface, par exemple p. 65, où notre auteur imagine, purement et simplement, les rapports entre les directeurs et les ingénieurs de la Topf, l'entreprise qui construisait les fours pour les crématoires. Les trois pages suivantes sont encore sans doute détachées du roman que nous ne lirons pas puisque Pressac, pharmacien de banlieue, se glisse dans la peau du terrible SS qui cherche le moyen d'organiser rationnellement les gazages. Les détails ne viennent d'ailleurs pas des archives mais d'un témoignage qu'airne bien Pressac, celui d'un certain Tauber (note 203).

Et quand il s'agit pour lui d'évoquer le premier gazage dans ce qui est donné comme la véritable machine industrielle (le crématoire II), supposé terminé en mars 1943, il a recours, non plus aux archives, mais au Kalendarium et au témoin Tauber (p. 73-4). Le deuxième (p.77) est aussi fondé sur le Kalendarium.


Dois-je continuer? On a compris la technique de l' injection. Il faut avoir 1'oeil rivé sur 1es notes pour déceler les changements de plan du récit. Tout cela serait un procédé somme toute acceptable si les sources étaient de valeur comparable. Or il y a bien longtemps que les historiens ne touchent à ce Kalendarium qu'avec des pincettes. Pressac lui-même en dit ceci:
"Danuta Czech, en retenant sans explication certains témoignages aux dépens d'autres et en privilégiant les témoignages par rapport aux documents, a produit un travail qui prête le flanc aux critiques. Cette orientation historique particulière persiste dans la troisième et nouvelle version du Calendrier... de Czech, publiée actuellement en polonais et n'intégrant pas encore le fond Bauleitung des Archives centrales de Moscou, dépréciant fortement la véracité de cet ouvrage fondamental, établi malheureusement avec une optique un peu trop teintée dans le contexte politique tendu des années 60" (note 107, p. 101)- Ce que veut dire réellement Pressac, Dieu seul le sait. Mais pour beaucoup de monde, il sagit d'un ouvrage qui sort en droite ligne du Musée d'Auschwitz, et donc de la mise en oeuvre d'Auschwitz par le stalinisme russo-polonais comme instrument de récupération des sympathies antifascistes en Occident au moment de la guerre froide. On sait assez ce que valent les "témoignages" qui sont sortis de ces usines idéologiques. Si Pressac faisait confiance à ce genre de source, il serait logique q'il les emploie. Mais il manifeste la plus grande défiance. Et pourtant son compte-rendu des gazages provient exclusivement de ces sources qu'il juge fortement dépréciées. Ces histoires ont déjà été publiées mille fois. C'est leur fàiblesse interne qui a suscité la naissance du révisionnisme, avec Paul Rassinier. En les reprenant telles quelles, ou avec quelques correctifs

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de nature cosmétique, Pressac exhibe une grande incohérence. Cest ce qu'il convient d'appeler des contes d'apothicaire.

Mais le plus extraordinaire est de ffire croire que le livre de Pressac s'affranchirait entièrement des témoignages. Il le dit lui-même aux journalistes avec aplomb. Ils l'avalent parce qu'ils accordent plus de foi au commentaire qu'au texte lui-même. En camouflant dans les notes son recours aux pièces les plus éculées du dossier stalino-polonais, Pressac peut ainsi passer pour celui qui répond aux révisionnistes sur leur terrain, celui des faits vérifiables, si l'on accepte que les lois de la physique d'aujourd'hui s'appliquaient aussi en 1944-45.

Dans le registre des incohérences, je signale que j'ai soigneusement omis de me rapporter aux précédents écrits de Pressac pour les comparer à celui qui vient de paraître. Mais il est clair que dautres lecteurs seront moins indulgents que moi et pourraient se faire le malin plaisir de relever les variations, volte-face et autres changements de pied qu'une telle lecture amènerait au jour. Elle porterait en tout cas à se demander philosophiquement: what next?

J'épargnerai aussi au lecteur un aspect crucial de la discussion de fond, portant sur les crématoires et leur capacité réelle en terme de rendement (c'est bien le mot qu'on emploie pour une installation industrielle). Il voit bien, certes, qu'il y a une marge entre les rendements qui sont avancés par les vendeurs de la Topf et la réalité, marquée par les pannes, les défauts de fabrication ou de conception. Mais il ne cherche pas non plus à cerner les chiffres réels. et quand il nous donne une estimation de 1000 crémations par jour pour les Krema Il et III, on voit bien qu'il croit facile de prendre les lecteurs pour des gogos. Dans les installations modernes, on ne dépasse pas 4 crémations par jour et par four. Dans le plus grand, le Krema II, avec ces 18 moufles, un peut imaginer de tripler, quadrupler la cadence. On atteindrait 300 corps par jour, sans doute au risque de tout détériorer assez vite. C'est un domaine de la technique dans lequel Pressac s'est soigneusement abstenu de s'aventurer. D'ailleurs, il dit que ces chiffres sont de la propagande mensongère (des SS envers Berlin) mais qu'ils sont valables quand même (p. 80). Dans ce livre, Pressac se garde bien de reproduire les chiffres qu'il avait publiés dans le précédent ouvrage publié aux Klarsfeld Follies, qui décomptaient les approvisionnements en charbon des crématoires. Tant il est difficile de croire que 2 ou 3 kg de charbon suffisent à brûler un corps. S'il avait trouvé à Moscou des factures supplémentaires, qui auraient rendu moins invraisemblables ses estimations, nous en serions certainement informés.

Cette comptabilité macabre reste, dans le corps du texte, anecdotique. Elle ne prend tout son relief que dans l'annexe n* 2, "Le nombre des morts au KL Auschwitz-Birkenau" (p. 144-8), où Pressac s'en sert comme un lit de Procuste: l'estimation de la capacité d'incinération l'autorise à raboter les chiffres fournis par les "témoignages" du Kalendarium, à décréter, sans autre procès, qu'il y a moins de convois ou qu'ils auraient été moins peuplés. Comme si, en somme, l'arrivée des convois étaient déterminée par l'état technique des crématoires. C'est évidemment absurde. Il y a dans les calculs d'autres sources d'incohérences que je laisse ici de côté. En ce qui concerne la déportation des juifs de Hongrie, dont Rassinier avait déjà relevé tout ce que les estimations, de source polono-officielle, avaient d'impossible, Pressac rejette les élucubrations de Wellers, nous dit en passant que Yad Vashem, en Israel, possède un fichier de 50 000 juives hongroises réexpédiées d'Auschwitz à Stutthof (arrivées à Auschwitz, non-enregistrées, elles sont normalement considérées comme "gazées"), et qu'il faudrait encore faire des recherches. En ce qui concerne la déportation des juifs polonais, il parle de "l'aléatoire de cette question, faute de documentation".

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Mais pour en revenir à la question des juifs de Hongrie, Pressac se met dans des situations intenables. Par exemple, il accepte les récits concernant les fosses d'incinération qui sont pourtant totalement démentis par les photos aériennes prises au dessus d'Auschwitz pendant cette période-là, par les avions alliés. Car il faut bien augmenter la capacité théorique d'incinération si on veut arriver à faire entrer à Auschwitz un total théorique de 438.000 juifs provenant de Hongrie (soit plus de deux fois la population du camp tout entier). Il calcule donc dans l'abstrait (p. 148) que les SS pouvaient anéantir 300.000 personnes en 70 jours. Mais alors se pose la question: où stockait-on ces 300.000 personnes, mortes ou vives, pendant plus de deux mois, le temps d'étaler les incinérations?

Pressac arrive au chiffre de 630.000 victimes des supposés gazages. Les millions de morts d'Auschwitz ne sont plus des millions. Depuis quelques années, les Polonais ont baissé leurs chiffres. Hilberg a baissé ses chiffres. Bédarida a baissé ses chiffres. Pressac les baisse encore. A vrai dire, comment et pourquoi baisse-t-on des chiffres de ce genre? Sait-on quelque chose de plus? Nenni. On tripote les calculs autrement. Pressac, qui est incontestablement un petit rusé mais surtout un grand naïf nous montre comment on fait ces calculs. Comme la plupart des chiffres de départ sont des estimations, on les change. Wellers "chargeait" les convois polonais à 5000 personnes. Hilberg, ça ne lui plaît pas. Il trouve que 5000 c'est trop. Alors, banco, il dit 2000. Sur 120 convois, ça fait une sacrée différence. Pressac arrive, et ça ne lui plaît pas non plus, non pour des raisons ferroviaires, mais pour des raisons thanatopratiques. Alors il baisse les convois à 1000-1500 (p. 1467). Le jour où il se rendra compte que ses estimations des capacités des crématoires sont fantaisistes et que les incinérations en plein air sont visibles d'avion, il devra à nouveau baisser ses prix Aucun de ces calculateurs ne va chercher dans les archives. Ils font ça au pif. Donc, si les chiffres changent, ce n'est pas pour des motifs dordre documentaire, mais à cause de l'air du temps et du pif qui le renifle.


Source: Gazette du Golfe et des banlieues, n*8

[Le compilateur omet de signaler que le texte original se continue sur plusieurs pages.]


Annexe n*4

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N* 6

14 juillet 1996

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE DU ROYAUME UNI

10 Downing Street London


5 avril 1996

Monsieur le Premier Ministre

C'est avec consternation que nous avons appris avant-hier que l'Europe vous propose de détruire quatre millions de bovins dans les cinq ans à venir afin d'éradiquer l'Encéphalite bovine spongiforme, dite maladie des vaches folles. Il est incontestable que le vent de panique qui souffle aujourd'hui sur des esprits précontraints par des années de peur entretenue autour du SIDA s'apparente à ces fameuses grandes peur de l'An Mil et qu'il n'y a guère plus de matière à perdre l'esprit devant les risques d'une épidémie d'encéphalite spongiforme chez les humains que de voir cent mille diables trouducuter la reine-mère en place publique devant la Tour de Londres.

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Mais on doit reconnaître, Monsieur le Premier Ministre de Sa Gracieuse Majesté, que vous êtes coincé. Le Continent s'est ligué et vous obligera à abattre ces pauvres bêtes dont, la viande, rappelons-le, même chez les bêtes contaminées est parfaitement saine puisque cette maladie s'attache aux viscères et aux tissus conjonctifs. Je pleure à l'idée de tous ces excellents beefsteaks irrémédiablement perdus.

Quatre millions de bovins à faire disparaître en cinq ans, je sors ma calculette, Monsieur le Premier Ministre, vous voudrez bien m'excuser, cinq fois 365 sont 1865. Je vais soustraire les dimanches anglais parce que je crois que même dans cette époque de décadence il faut respecter le dimanche anglais. Soit 52 fois 4 égaient 208. Il reste donc, sans compter les vacances, ni les samedis, ni les jours de congés légaux, 1657 jours ouvrables pour se débarrasser de quatre millions de carcasses, que l'on peut sans doute estimer au minimum à 400 kg en moyenne. Les veaux ne sont sans doute pas dans le lot. Il faut donc brûler 2414 carcasses par jour.

Or si j'en crois les nouvelles diffusées par TF1 hier soir, la Grande-Bretagne dispose de neuf incinérateurs dont la capacité serait, au total, de 3000 carcasses par semaine, soit, si j'utilise le même compte de 6 jours de travail chaque semaine de l'année, 500 par jour, ce qui ferait 55 bêtes chaque jour dans chaque incinérateur, en moyenne. Soit 22 tonnes de carcasse (viande, os, peau) par jour. Je ne vous parle pas de la note de carburant mais vous avez du gaz en Mer du Nord. Ce chiffre de 55 est assez énorme et je suis prêt à parier qu'il n'a jamais été atteint dans aucun incinérateur dans un passé proche. Mais si nous le prenons comme une base théorique, on voit, Monsieur le premier Ministre, que vous souffrez d'un déficit de 1614 carcasses par jour ouvrable. Si vous les tuez quand même, il vous faudra des réfrigérateurs de plus en plus pharaoniques pour les garder et si vous ralentissez la cadence du massacre, il vous faudra allonger le temps. Au lieu de cinq ans, il vous faudra vingt ans. A cette époque là, évidemment, vous ne serez plus premier ministre depuis longtemps et vous n'aurez plus assez de dents pour manger du boeuf. Et peut-être aussi l'Angleterre aura-t-elle coulé. Et les chats. Eux qui se bâfrent de Ron-Ron et autres boîtes dans la composition desquelles les abats doivent jouer un rôle important, les chats, qui, à l'état normal, sont déjà capables de pitreries autrement drôles que celles, déjà passablement risibles, des Honorables Membres du Parlement, ces chats seront-ils, dans vingt ans, des chats fous ?

Vous êtes donc, Monsieur le Premier Ministre, dans ce qu'on appelle en français la merde. Mais je connais, votre Excellence, le moyen de vous en sortir. Nous avons en France l'homme providentiel. (C'est notre habitude). Il peut sauver votre pays de la

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déchéance et de la honte procurée par la prolifération de carcasses spongiformes, ce qui est un spectacle bien déprimant pour les petits enfants qui vont à l'école le matin et qui n'aiment pas tous rencontrer et savater ces carcasses avachies sur leur chemin.

C'est un obscur pharmacien de la banlieue parisienne, Harassé par sa pratique, il trouve la force la nuit de se pencher sur les questions d'incinération. Depuis des années il a collecté, à travers toute l'Europe, les documents qui touchent à ces questions. Il a fouillé des montagnes d'archives pour se familiariser avec des constructeurs d'installations d'incinération comme Topf und Söhne, en Allemagne, ou de géniaux ingénieurs comme le célèbre Prüfer. L'incinération des corps n'a pas de secret pour lui et il a même publié sous son nom, Jean-Claude Pressac, des livres immortels dans lesquels on voit qu'on peut incinérer très vite des quantités énormes de morts par le miracle d'opérations techniques qu'il ne dévoile pas à la curiosité du public mais qui sont certaines parce qu'elles ont été observées par des témoins dignes de foi et que ces observations ont été plusieurs fois répétées devant des tribunaux qui sont bien là pour connaître la vérité des faits, sinon, je vous le demande, Monsieur le premier Ministre, à quoi servirait la Justice, ct les experts, et tous ces gens qu'elle rétribue grassement? Il vous faut donc Pressac, Monsieur le Premier Ministre, comme consultant en incinération de masse, vous ne pouvez pas tomber mieux. Il vous révélera le secret, jusqu'ici bien gardé, il faut en convenir, des incinérations de masse en se moquant allégrement de toutes les misérables contraintes techniques. Vous n'allez pas, Monsieur le Premier Ministre, vous laissez faire aux pattes par de misérables considérations techniques. Faites comme votre ancien ennemi, Napoléon, qui disait: "L'intendance suivra". L'intendance, toute la presse fiançaise la reconnu, c'est Pressac Demandez à notre Président qu'il vous le prête. Nous pouvons même aller jusqu'à vous dire que Pressac s'est préparé avec soin à cet holocauste avec l'esprit expérimental qu'un scientifique doit toujours avoir, en creusant un trou dans son jardin, il y a déjà quelques années, pour procéder à l'incinération d'un lapin. Il s'agissait d'expérimenter la technique de l'incinération en fosse ouverte qui avait fait l'objet de rumeurs contradictoires. Il est probable que le boucher de la Ville-du-Bois avait refusé de vendre à notre digne pharmacien un boeuf entier qui aurait fait défaut à ses clients habituels. Mais le lapin a suffi à montrer qu'on ne peut pas brûler des corps au fond d'un trou. Vous voyez donc que Pressac est fin prêt. Soyez, de votre côté prêt à le recevoir, nous vous l'injecterons dans le tunnel à votre premier signal.

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Et s'il vous reste un petit Ordre de la Jarretière, ou de Chevalier du Bain, moussant si possible, vous pourriez, en signe de gratitude pour avoir sauvé votre poste, faire cadeau d'une petite distinction à notre ami Vidal-Naquet, qui aime bien les décorations et qui a commencé une collection, pour avoir été le premier à lancer Pressac dans le monde, sous les projecteurs et les plafonds dorés.
Croyez, Monsieur le Premier Ministre...

Serge Thion

Comme les deux premères parties de cette chronique, la troisième, ici présente, est disponible sur Internet. On les trouvera aux adresses suivantes

http://codoh.com/inter/intchron1.html

http://flashback.se/~rislam/french/chronl.htm http://lewebcafe.com/pages/chronfre.htm

[Les deux pages suivantes du dossser sont des reproductions par photocopie du texte précédent.]




Annexe n*5

The World as a Magical Gas Chamber

by Serge Thion

[11 janvier 1999]

The aspects which link modem-day gas to the magic weapons of tales and legends are its invisibility and its supposed omnipotence. Frightening powers are attributed to it, and the terror that its use evokes arises from the impossibility of predicting it. Other substances, equally magical and mysterious, have sprung forth in full force from the febrile brains that invent modern warfare, above all its supreme weapon, the palladium of our empires: propaganda. Thus we have seen burst onto the media stage the mycotoxins ("yellow rain"), the Iranian gas chambers, the sarin in the Tokyo underground, the Saddamite gas rockets, the alleged germ traffickers, etc.

Recently a US television magazine programme, produced by CNN and Time Magazine, stated that the US Army had used sarin gas in September 1970 to "clean up" a Laotian village where deserting soders had found refuge. A retired admiral confirmed this, then retracted. What is striking in this story is, once again, the gullibility of the press. The US forces have certainly practiced the art of atrocity on a grand scale as a means of making whole populations get into line under their wings, or rather under those of its planes. But a story like this one has all the flavour of a grotesque lie. If any deserters ever stayed in a "Laotian village" there could not have been very many of them. Tô confirm this nonsense, a general Singlaub was called up to explain that the US govemment's unwritten doctrine was that American deserters were more dangerous than the Vietcong (Le Monde, 16 June 1998). The press seems not to recall that Singlaub, a frenzied anticommunist, was closely involved in "Irangate" and in the training of the mercenary corps hired to fight die Sandinistas in Nicaragua. In any case his statement was silly: numerous American deserters were in hiding in Saigon during that war and the US military could not have cared less.

The gas fantasy was not born yesterday. The Vendée (Eastern France) historian Jacques Crétineau-Joly was the author of a well known (and rightly so) Histoire de la Vendée militaire,:first published in 1840. In volume 1 he tells of a message sent by the republican (revolutionary) chief of the Saumur region, a man called Santerre, to the minister of War on 22 August 1793: "I do not approve of mass mobilisation. That would be quite dangerous, what with supply and maneuvring problems. It would be better to send smaller units to attack certain key points... Mines, mines! with sleep-inducing fumes, then ... jump on them."

"Sleep-inducing fumes," comments Crétineau-Joly, who is not yet acquainted with the 20 century, "invoked by a military man, to use against his enemies: that had never been heard of before, not even in the history of the cruellest peoples; and the [revolutionary] General Security Council and the [governing] Convention welcomed, this horrible idea as a wholly natural way of having done with the VendÈe! And on 11 September 1793 Rossignol, raising Santerre's bidding on these sleep-inducing fumes, was not afraid to state that, to end the war, the army should be able to use the resources of chemistry.

" 'It would be desirable as a general measure,' he wrote to the Committee on Public Safety, 'to send citizen Fourcroy, a member of the Montagne [the extreme left of

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theConventionj to this army so that we might profit from his talent and finally achieve the destruction of the brigands. This is the opinion of one of your brethren and friends, who is aware of Fourcroy's skills in chemistry.' [...] During this time, minds were at work in the revolutionary general staffs to try to discover the chemical secret so hopefully expected of Fourcroy. The republican generals and the members of the Convention summoned charlatans from all around, who fed their hopes of a sure and active poison; and the adjutant-general Savary reveals in bis memoirs one of the many such attempts that were made in that period.

" I remember,' he writes, 'how one enthusiast, posing as a chemical physicist, showed the members of the Assembly who were present at Angers a piece of leather filled with a mixture which, when burnt, was supposed to give off a vapour that would asphyxiate all living things within a wide radius. A test was carried out on some sheep in a field, which some people had approached out of curiosity about the experiment, and no-one was indisposed by it "

This idea of a mass-poisoning of the VendÈens had sprouted so well in the minds of their adversaries that an Angers pharmacist called Proust created, around the same time, a ball which, according to him, contained a chemical preparation so subtle and whose effect would be so prompt that it would contaminate the whole region. It was tested in the field of La Baumette, but did not come up to revolutionary expectations (Histoire de la VendÊe militaire, 1, pp. 248-9). Sheep were to wait till 1968 and an American test: a surprise change of wind killed 6,400 of thern at one shot, in the western part of Utah..

The science of the time did not come up to the political leaders' expectations; that would have to wait until 1915. But the months and years of gas warfare beginning then were to teach the military chiefs that it was a delicate business. Indeed, in order to engage in it on the battlefield, a commander must be prepared to sacrifice a number of his own troops, in the event of a change of wind. Apart from a few known and recorded cases, such as those of the Egyptians in Yemen and the Irakis against the Iranians, the effficiency of gas has been above all of a psychological order. All of the world's big armies have their "Chemical and Bacteriological Warfare" departments, which spend considerable sums on research projects (thus imitating the Convention), and on stocks of various dangerous substances, but they never use them. Sarin and a few others with terrible effects on the nervous system, had been discovered by German chemical science and were to be found in the German army's weapon stocks during the Second World War. Hitler, a gas victim himself in 1918, never ordered their use, not even at the bitter end in 1945. Churchill had prepared for his War Cabinet a plan to drown German cities under a deluge of lethal gas, but did not put that brilliant idea to work (See below, Annex). The techniques for manilfacturing these nerve gasses were in the hands of the masters of apartheid in South Africa. They never used them either, and as they saw their regime collapse, they had their secret atomic weapons (made with French and Israeli help) destroyed. So they said. I do not know what has become of their chemical weapons.

At the start of 1998 we came within an inch of a new American aerial offensive against Irak. A broad (world-wide) reprobation and the diplomatic shrewdness of United Nations Secretary General Kofi Anan (married to one of the Wallenberg family, the Swedish industrialists who made their fortune in military procurements) made it possible to thwart the belligerence of the senile warriors who, up on their hill (Capitoi Hill in Washington), were getting so worked up. But there was once again the preparation or public opinion by means of the gas fantasy. We were reminded of the grotesque show put on before all the world's television cameras by the Israelis in 1991. A new panic was instilled by their authorities with the help of a judicious issuing of gas masks. It has perhaps been somewhat forgotten in our climes, how gas masks had also been handed

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out to the French civilian population from 1940 to 1943, in equally insufficient numbers. What child at that time would have missed the chance of donning one of those monstrous rubber faces to frighten his little brother or a visiting cousin?

It was in such an altered atmosphere that the world-wîde press was suddenly taken with a bacteriological weapons affair: «They were expected in Irak, Io and behold, they appear in Las Vegas!" (Le Monde, 21 Feb. 98). The FBI (American federal police) had just arrested two men who were carrying "dangerous biological and chernical agents" in their car. "The information was picked up straightaway by all the country's television stations, at the moment when its leaders were engaged in the grand project of explaining their policy on Irak. The business remained unclear Thursday evening, thus furnishing the occasion to emphasise the dangers posed by the chemical and bacteriological weapons which Saddam Hussein allegedly holds in large stocks" (Ibid.). An "item of information of indeterminate origin" mentioned a plot to carry out a biological attack in the New York underground. Notwithstanding the common journalistic rigmarole about "professional ethics", the reporter, Sylvie Kauffmann, dutifully echoed this manifestly crazy rumour. Thus was built up a fantastical representation of a kind of super gas chamber: the whole underground flooded with lethal gas... A place where everybody goes, at one time or another if not every day... Certain death, a silent and invisible killer It seems, according to a short piece in the press, that "the" Japanese head of the Aum cult (who was behind what is presented, not without a certain hesitation, as a sarin gas attack in the Tokyo underground) has been convicted. For reasons unknown to me, the trial received no coverage in the big media. Whatever be the causes of this odd silence, it is certain that the proceedings did not bring the grist to the state propaganda mills that had been expected at the time of the "events" and of the arrests made of persons in that "cult."

A few days after that enormous "announcement" in the American press, it was time to recant, but more discreetly. "The 'dangerous' germ agent in possession of which two men were arrested last week in Las Vegas has turned out to be a harmless veterinary vaccine against anthrax. [...] The FBI has expressed no regret for the alarmist manner in which the affair was presented on Thursday. A certain Bobby Siller, one of those in charge of the investigation which led to the arrests, declared that he and his men had really believed that their perceptions of danger to the community were well-founded, and still believed so. The motivations of the American media, who pushed the dramatisation of the affair a good deal further, have doubtless been less noble. [Can there be such a thing as nobility among the FBI? The thought gives us pause.] Having allocated huge sums of money for the coverage of a possible US intervention in Irak, the television networks have been quick to seize on whatever related matter may come their way while waiting for the action to begin. The opportunity to link these arrests to the threat posed by biological and chemical weapons proliferation - one of the American government's main grievances against Saddam Hussein - was therefore quickly snatched up" (Le Monde, 24 Feb. '98). What was not snatched up was the opportunity which the Le Monde reporter then had to explain how and why she had spread obviously false news, without the least concern for "verification", "cross-checking" and other such screens that journalists try to hide behind when they are caught, day after day, slavishly licking the boots of the powerful.

As for Irak's alleged chemical and germ warfare capability, it may be useful to go back to the beginning. 1 had occasion to deal with the subject in an article which appeared under the heading of Balayeurs (street-sweepers) du Golfe in issue no. 1 of the Gazette du Golfe et des banlieues (suburbs) during the "war" against Irak in February 1991. That text follows, unadultered.


More Poisonous than Gas: Cynicism!

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At present millions of people in the Middle East are living in anticipation of the scream of sirens that will set them hastily putting on their gas masks; then they will run to an airtight room (if they can fmd one) and lock themselves inside to await the all-clear. Even in New York, gas masks are selling by the shovelful. This fear has today been shown. to be groundless; in reality, those in charge know that there is nothing to be afraid of. Throughout the previous months all the intelligence services, including the Mossad and the CIA, have let it be known that they believed the Irakis to be incapable of producing chemical warheads for their Al Hussein (modified Scud) missiles. In the past few days both American Genenal Schwarzkopf, supreme commander of operations in the region, and the French commander Genenal Schmitt, have also stated that they do not believe in such a possibility. Thus on the one hand the military intelligence technicians hold this threat to be nonexistent, while on the other hand the politicians make daily and massive use of it by reinforcing, with their security recommendations, the terror among populations to whom the technical knowledge is not transmitted. According to any dictionary this is what is called a lie. It so happens that the gas question has nearly always been submerged in an ocean of lies, and the reason for this will be recalled by a few facts. Gas is a terrifying weapon because of its invisibility; it was used for the first time in combat during the First World W ar, on 22 April 1915. Several thousand soldiers perished from it throughout that war, and many others suffered its more or less prolonged effects. There exist several families of combat gas: some asphyxiate, others act by skin contact. Depending on the concentration, they kill within seconds or days. There are means of protection, and prophylactic measures which, if they are employed rapidly, enable the victim to be saved. It should be noted that these weapons have been used very rarely since 1918, doubtless for fear of reprisal in kind, and also because their use is quite a delicate business. Aside from that, the Americans have not deprived themselves of massive use of defoliant gasses, giving no thought to their side effects on human beings. On several occasions since 1922 international conferences have attempted to prohibit or at least to regulate the manufacture and the storage of chemical weapons, without great success. Most countries of the world have signed the Geneva convention of 1925, still in force.

We are also told of bacteriological warfare, which would, appear to be a means of spreading amidst the enemy germs which could cause an epidemic. There have certainly been intensive research projects devoted to this subject, but such a war has never happened. During the Korean War the North accused the Americans of such action, but the evidence was not solid enough to persuade any independent scientific authorities. The very concept of bacteriological warfare is a product of science fiction, impracticable on the strictly military level but carefully fostered by the chiefs of staff. The chance to attribute the blackest designs to the enemy of the moment is rarely missed, and that is why the germ warfare spectre is in resurgence today. It is pure war propaganda, available, for that matter, to both sides.

On the other hand, chemical warfare does exist. It is expected. All of the big armies, and some of the less big ones (South Africa's and Israel's, for instance) , have theiir stockpiles. Its importance is above all political.

As these weapons are particularly terrifying, insidious, invisible, often undetectible by the senses, there weighs upon them a strong moral condemnation, as if, strangely, the new warfares high technology, with its second-by-second programming of the launch of tonnes of missiles twenty kilometres from civilian as well as military targets, were nobler, less dirty, than the use of chemical weapons. In both instances, it is an attack in the face of which neither civilians nor combatants can react: they are doomed to die or else escape by some miracle, but in both cases passively.

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The political tactic is thus to accuse the enemy of producing these weapons, a proof of his profound inhumanity and of the danger that he represents. As easy as it may be to justify to public opinion the building of an aircraft carrier or the production of canons for the national defence, it is still a delicate job publicly to take the decision to make chemical weapons. These are always presented as being "defensive", with the authorities affirming that they will not be the first to use such weapons. Recourse must thus be bad to elaborate ruses, and here follows the finest recent example.

ln 1979 the Americans, who had halted chemical weapons production ten years previously (while still keeping considerable quantities in stock), saw Vietnam invade Cambodia and the USSR go into Afghanistan. They reacted by accusing the Soviets and their allies of surreptitiously using a new kind of poison gas carrying powerful nerve agents, called mycotoxins. This was what a book at the time, whose production was organized by the CIA, christened "yellow rain". The American press, and then the world's, were soon doused with that rain. The United Nations acted, asking for a scientific report which, in 1981, deduced that it was impossible to conclude anything at all. In March 1982 General Alexander Haig, then US Secretary of State (Foreign Minister), presented a report to the US Congress in which he gave his "evidence", the main item of which consisting of tree or bush leaves brought back from a Cambodian village. The Balayeurs du Golfe, who were sweeping the Gulf of Siam at that time, knew very well how a Dr Amos Townsend, physician at the US embassy in Bangkok, had paid two American aid workers to cross into Cambodia on elephant-back and procure the things which the Khmer Rouge butchers' "health service", then engaged in a violent propaganda war with Hanoi, were to give them. The transport and preservation conditions rendered the samples worthless, according to the very people who had transported them. The Arnerican army laboratories' conclusions were sharply challenged and independent scientists then set about examining this question of mycotoxins.
[................]

<aaargh@abbc.com >
L'adresse électronique de ce document est:
http://www.abbc.com/aaargh/fran/revu/TI99/TI990121.html.html

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The original French version of this paper was distributed by Le Temps irreparable on 16 July 1998.

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LE TEMPS IRREPARABLE, Paris, <aaarghg@abbc.corm>

Our latest communiques.
Revisionists may go to the beach (1er octobre 19917)

Les services de renseignement allemands disent: la publication des rapports d'expertise sur Auschwitz mettent la rÉpublique fédérale en danger ! (10 octobre 1997) (deutsch, français, english)
971122 Number of Living Holocaust survivors
La Chasse n'est pas ouverte, 12 février 1998

Les services de renseignement allemands disent: la publication des rapports d'expertise sur Auschwitz mettent la république fédérale en danger ! (10 octobre 1997) (deutsch, français, english)
Les révisionnistes ne font pas le détail, 6 décembre 1997

La Chasse n'est pas ouverte, 12 février 1998

Quand Rittersporn écrit à R.Faurisson et au journal Le Monde, 23 février 1998.

De quoi M. Roland Dumas est-il coupable ?, 10 mm 1998, suivi de De quoi M. Roland Dumas est- il innocent, suite, du 22 mars 1998
Appel au meurtre (communiqué de l'AAARGH, 24 niai 1998)

Holocaustology, Careerism and Stupidology or How the Need to Maintain a Myth is Destroying its Own Basis, 7 juin 1998
Jewish Fundamentalism at work: Holocaust, Geld and the Zealots, 8 juillet 1998.
Revisionism is now the Main Enemy of Israel, July 14th, 1998 (22K)
Le monde comme magique chambre à gaz. par Serge Thion, 16 juill. 1998 (89k)

Lettre à une amie qui a une une amie qui a visité Auschwitz, par Serge Thion, août 1998 (21K)
A beacon of savagery, ao·t 1998: Clinton, assassin et parjure. (13k)
Des faussaires et des dupes par Serge Thion, octobre 1998 (25 k)
A new Chomsky page, octobre 1998 (50 k)
Deux communiqués, (11, 14 octobre 1998, à propos d'A. Finkielkraut, 2/
1'impunité de la presse- à propos de Scandinavie) octobre 1998 (21K)Just another Auschwitz liar, 24 octobre 1998 (à propos du faux témoignage du Dr Muench) (26K)
DE QUOI M. ROLAND DUMAS EST-IL INNOCENT ? 10 janvier 1999De quelques cerveaux à semelles cloutées, 21 janvier 1999: à propos des poursuites contre P. Guilaume et J. Plantin, accompagnées des dernières nouvelles des censeurs.

Der Beginn des Endes ? Martin Walser - Dank Erfahrungen beim Verfassen einer Sonntagsrede, 16 février 1999


Annexe n*6

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LE TEMPS IRRÉPARABLE
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C'est une structure légère, informelle et collective. Ce n'est pas une maison d'édition commerciale mais l'instrument d'un désir de lecteurs: celui de pouvoir disposer de certains textes et d'outils de réflexion qui échappent à la fois à la logique du commerce et à la volonté de contrôle et de censure des pouvoirs en place. LE TEMPS IRRÉPARABLE publie pour le cercle de ses amis et ne vend pas ses publications à l'extérieur. Il les donne à qui il veut, si bon lui semble. Il dépose un exemplaire de ses publications à la Bibliothèque nationale et un autre à la Bibliothèque Sainte-Geneviève.

Les textes publiés concement le monde où nous vivons et les mondes imaginaires qui le masquent. Ils les critiquent sans complaisance et sans tabou. Beaucoup d'aspects de ce monde nous choquent et nous répugnent. Nous voulons les changer par la persuasion pour le sauver de la violence. Nous sommes partisans d'une pensée multiple, souple, qui fouille la complexité des choses et des hommes, qui desserre les carcans et travaille à la liberté des individus.

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